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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 16:49

Le touitte (ou tweet si vous préférez) est une formidable machine à perdre du temps. Mais parfois il permet des échanges inattendus. Qui peuvent être tendus*. Ainsi de celui que j’eus avec Fabrice Arfi, membre éminent de Mediapart.

Arfi objecte que quelques touittes ne donnent pas tout ce qu'il pense sur la question du conflit entre secret des sources et secrets autres, mais ils dessinent cependant fortement un point de vue.

 

* Je ne croyais pas si bien dire puisque M. Arfi, que j'avais bien sûr averti de cet article, a assez violemment réagi, comme vous pourrez le voir en complément.

 

 

Copies d'écrans mises sous l'en-tête du compte touitte de F. Arfi par montage à l'aide de Publisher.

Copies d'écrans mises sous l'en-tête du compte touitte de F. Arfi par montage à l'aide de Publisher.

Tout partait d’un article du Monde sur « La guerre secrète de la France en Libye » par Nathalie Guibert. La journaliste indiquait que « Plusieurs sources ont indiqué au Monde que la lutte contre les terroristes pouvait couvrir des opérations clandestines, menées par le service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). » Le Ministre de la Défense, Le Drian, confie à la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) une « enquête pour compromission du secret de la défense nationale » (Jean-Do Merchet). Là-dessus, d’après Vincent Jauvert (L’OBS), le cabinet de Le Drian précise que l’enquête ne vise pas la journaliste ni le journal.

 

Comme on le voit, ci-dessus, Fabrice Arfi intervient en dénonçant cette enquête qui risque de tarir les sources de la journaliste. Il indique clairement que pour lui, la loi a pour fonction non seulement de protéger le-la journaliste mais aussi l'auteur de la fuite ("Le secret des sources n'aurait pas d'intérêt s'il visait à protéger ceux qui ont le droit de parler", ce qui veut bien dire qu'il aurait pour fonction de protéger ceux qui n'ont pas le droit de parler donc ceux qui décident de ne pas respecter un secret auquel ils sont, en principe, soumis : secret défense ici, secret de l'instruction souvent, secret industriel, etc.)

A juste titre Fabrice Arfi tient au secret professionnel absolu du journaliste sur ses sources. C’est d’ailleurs ce que garantit la loi du 4 janvier 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes. En aucun cas un journaliste ne peut être tenu de révéler la ou les source-s de ses informations. Une obligation de protéger ses sources pour ne pas les tarir.

C'est moi qui ai mis en gras quelques passages.

C'est moi qui ai mis en gras quelques passages.

En revanche, quand il écrit qu'au nom du secret défense on prive le citoyen de son droit à savoir ce qui est d'intérêt public, il refuse une protection aussi absolue de secrets, tout aussi légitimes, que sont le secret de l’instruction – hélas allégrement violé – ce secret défense donc et plus généralement le secret professionnel qui existe dans de nombreux secteurs.

 

Et quand il assène que le métier de journaliste consiste à avoir des infos auprès de gens qui ne sont pas censés leur en donner, il donne, lui, une image un peu idyllique du journalisme d’investigation.

 

 

Ne parlons même pas des journalistes qui, à chaque fait divers, tendent servilement leur micro à Alliance, syndicat policier de droite extrême aux informations pour le moins peu fiables.

Quand Valbuena découvre que sa plainte sur une affaire de sextape est sur la place publique, il doit se mordre les doigts d’avoir porté plainte. Et que penser de ceux qui ont fait fuiter les écoutes de Benzéma  et des journalistes qui s’en sont complaisamment fait l’écho. Investigation mon cul ! aurait dit Zazie.

Faut-il aussi rappeler Mougeotte, du temps où il dirigeait Le Figaro et qu’il récupérait en temps réel le PV d’audition de la comptable de la dame Bettencourt ? Dans le genre fuites orchestrées, on a eu aussi celles de la fameuse affaire du Carlton de Lille où les auditions de DSK par les policiers puis par les juges d’instruction tombaient dans la salle de rédaction du Figaro quasi en direct.

Ce genre de fuites va jusqu’à la manipulation comme dans la grotesque affaire dite de Tarnac. Les policiers non contents d’avoir merdé l’enquête de bout en bout – d’une écoute téléphonique illégale techniquement grossière à l’oubli d’une sacoche lors d’une perquisition en passant par une filature loufoque et des PV truqués - soutenus par un juge d’instruction à la déontologie exotique, ont trouvé des plumes complaisantes pour relayer leurs salades.

A l’opposé, on peut mettre en exergue les lanceurs d’alerte qui, eux, à visage découvert, permettent au citoyen d’user de son droit à savoir ce qui est d’intérêt public.

Pour en revenir à Le Drian, il n’est pas quand même pas totalement illégitime en demandant une enquête sur une (ou des) fuite(s) portant sur des opérations clandestines auprès d’adversaires aux méthodes quelque peu expéditives. Et quelle que soit sa motivation – noble souci d’informer le citoyen ou luttes internes entre services – la taupe ne peut ignorer que, violant un secret professionnel, elle s’expose à des sanctions.

Le noble métier de journaliste d’investigation perdrait d’ailleurs tout son charme si Deep Throat refilait ses tuyaux sans risque, à la sortie de son bureau et non dans le secret d’un parking souterrain.

 

 

En complément :

deux réactions de Fabrice Arfi que j'avais informé de ce "billet"

copies d'écran
copies d'écran

copies d'écran

A noter que les touittes de M. Arfi ont été presque intégralement inclus dans l'article (copies d'écran) - et tout ce qui est mis à son compte en italique dans l'article est tiré de ses touittes.

Certes 140 signes maxi ne permettent pas une discussion approfondie.

Mais il ressort quand même assez clairement que M. Arfi dénie le droit au Ministre de la Défense d'enquêter sur des fuites dans son ministère, au motif qu'elle va "tarir les sources".

De son point de vue, cela s'entend.

Ce qu'il feint de ne pas comprendre c'est que le point de vue du Ministre, estimant que ces fuites sont préjudiciables à des actions clandestines qui, par définition, ont besoin du secret, est tout aussi légitime.

Et que des légitimités - celle du droit d'informer, celle de protéger un secret défense - peuvent s'opposer.

Mais il est évident que je serais très honoré si M. Arfi me confiait tout ce qu'il pense sur ce conflit de secrets tout aussi légitimes...

 

 

Arfi et le secret des sources

Miracle ! c'est ce que j'exprimais (voir les 1ères copies de touittes) et apparemment F. Arfi n'était pas d'accord.

 

Donc le journaliste est évidemment fondé de rechercher des informations auprès de personnes qui, en principe, sont tenues de ne pas en donner. Mais ces personnes s'exposent à des poursuites - donc avant des enquêtes - pour avoir fait fuiter ces informations. Et ce risque peut, bien sûr, tarir une éventuelle source. Crainte fondée. Comme peut être fondée - pas toujours certes - la volonté de faire respecter des secrets.

 

On conviendra aussi que dans certains domaines c'est open-bar - combien d'articles mentionnent "le procès-verbal de l'audition que nous avons pu lire..."? - et que le risque pour les informateurs est nul.

 

 

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 21:23
Editorial de François-Régis HUTIN, Ouest-France 07/09/13

Editorial de François-Régis HUTIN, Ouest-France 07/09/13

Par la plume de ses saints éditorialistes de la famille Hutin – ô ces prêches dominicaux de sœur Jeanne-Emmanuelle, les lire devrait valoir indulgence plénière – Ouest-France supplante La Croix et par l’audience et par l’absence totale de recul.

 

Or donc, le dernier édito du papa (07/09/13) se faisait l’écho de l’appel du pape, des prélats états-uniens et moyen-orientaux, de Pax Christi ou Sant Egidio, à abandonner, dans l’affaire syrienne la vaine solution militaire. Il cite néanmoins, Ban ki-Moon qui proclame : « Il est impératif de mettre fin à cette guerre ». Ah bien, Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU, mais comment ? serait-on tenté de demander. Et M. Hutin, de clamer lui qu’il faut « obtenir que le gouvernement syrien comme l’armée de libération cessent le feu, fassent une trêve qui permette d’organiser les secours humanitaires ».

Syrie : Ouest-France concurrence l’Osservatore Romano

Vœux pieux, dans tous les sens de l’expression !

 

Ni les insurgés ni les forces d’Assad ne sont décidés à quelque trêve que ce soit. Et, même si le régime syrien l’acceptait, mettre en place des « couloirs humanitaires », comme le préconisait François-Régis Hutin dans un édito précédent ne ferait qu’accroître un exode qui déstabilise de plus en plus les états voisins et particulièrement la Jordanie et le Liban.

 

On peut comprendre l’attitude de l’église catholique et des églises chrétiennes en général. Les chrétiens d’Irak étaient plus en sûreté du temps de Saddam Hussein – Tarek Aziz, longtemps ministre des affaires étrangères était chrétien – qu’après sa chute. Pour ce qui est des coptes en Egypte Moubarak, sur la fin, était moins protecteur, mais sa chute s’est accompagnée d’une persécution accrue. Et les chrétiens de Syrie craignent visiblement la chute d’Assad.

 

Notons, au passage, qu’après plus d’un millénaire de domination musulmane, le Moyen Orient reste une sorte de conservatoire des églises nées de schisme divers et/ou avec des rites particuliers. Aziz était un catholique chaldéen. On trouve les églises nestorienne, syriaque orthodoxe, maronite, melkite, copte… Allez donc trouver trace de communautés musulmanes (ou juives) dans l’Espagne d’après la Reconquista ! Et les soi-disant djihadistes ou frères musulmans qui mettent le feu aux églises coptes, voire massacrent les chrétiens au Nigeria, trahissent des siècles de tradition musulmane de respect des « gens du livre ».

 

Mais ces chrétiens d’Orient, quand ils ne se déchirent pas comme au Liban, ont parfois fait preuve de plus que de la complaisance envers des dictateurs sanguinaires. Et les prières dans les églises qui, apparemment, réunissaient moins de monde que les manifs anti mariage homo, ne risquent guère de dissuader Assad de continuer à massacrer.

Insurgés à Alep

Insurgés à Alep

Tigres de papier ?

 

Frapper ou ne pas frapper ? Admirons ceux qui tranchent avec autorité. Ainsi d’opposants absolus qui ressortent leur vieux prêt à penser sur l’affreux impérialisme américain et son valet français. J’ai même lu, dans un commentaire, qu’Obama voulait mettre la main sur le pétrole syrien qui doit représenter 0,5% de la production mondiale ; les Etats-unis, grâce au gaz et huiles de schistes, vont d’ailleurs bientôt recouvrer leur indépendance énergétique. De l’autre il y a eu les va-t-en-guerre : souvenons-nous que Sarkozy blâmait son successeur de rester l’arme au pied devant les massacres du boucher de Damas. Il y a aussi les partisans de la realpolitik qui constatent qu’aucune solution, victoire d’un camp ou de l’autre, n’est favorable aux intérêts géo-politiques de l’occident et préconisent cyniquement d’aider les rebelles s’ils sont sur le point d’être vaincus mais de cesser cette aide s’ils prenaient le dessus.

Syrie : Ouest-France concurrence l’Osservatore Romano

Pas de preuves, disent d’autres. Des journalistes du Monde déjà avaient rapporté ces preuves d’utilisation d’armes chimiques. Une polémique s’en était suivi : est-ce aux journalistes de jouer ce rôle-là ? Obama en août 2012, avait dit que  le recours à de telles armes par Assad constituerait le franchissement d'une "ligne rouge" ! Ces preuves avaient été poussées sous le tapis. Le dernier méfait semble trop massif pour être rangé sur l’étagère petit franchissement de ligne rouge. Mais que doivent faire les gendarmes (sachant que les gendarmes, en toute logique, devraient être tous les pays signataires de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques de 1993 - que la Syrie n’a pas signée).

Un sac de noeuds

 

Si les menaces ne sont que paroles verbales, comme le préconise le RP Hutin, Assad sera du coup assuré d’une totale impunité. Mais des frappes autres que symboliques ne sont pas sans danger. La capacité de nuisances du régime syrien sur notre territoire est sans doute très limitée. En revanche, il peut mettre le Liban à feu et à sang via le Hezbollah. La Jordanie peut être déstabilisée. Pour l’Irak, pire est-il possible ?

 

En même temps, le syndrome libyen est là pour nous rappeler qu’il ne suffit pas d’aider à abattre – c’est le cas de le dire – un dictateur, pour instaurer un régime plus proche de la démocratie. Un ambassadeur états-unien assassiné, un consul français visé, le moins qu’on puisse dire est qu’en Libye la reconnaissance envers ceux qui ont plus qu’aidé à renverser Khadafi n’étouffe pas certains ex-rebelles. Et les grandes promesses de contrats en tout genre que faisaient miroiter Sarkozy ne sont plus que mirages dans le Fezzan ! La Libye exporte plus de terroristes islamistes que de pétrole, dans une anarchie intérieure totale.

 

Aucune solution n’est bonne. Mais, celle que préconise Hollande est peut-être la moins mauvaise : des frappes significatives pour notamment priver Assad de la plus grande partie possible de son potentiel aérien. Mais ne pas tenter de faire chuter le régime à la place de ses adversaires.

 

 

Nota Bene (rappel) : comme tous les articles de ce genre, celui-ci exprime un point de vue (en essayant de l'étayer par des faits et/ou arguments). Je suis bien sûr prêt à le partager, Commentaires, voire contribution, peuvent le contester.

 

 

 

P.S. Mou Barack et habile Vladimir

Un carton rouge pour de rire, doit ricaner Assad.

Les grands pourfendeurs de l'impérialisme états-unien aurait pu déjà observer que l'Obama était un peu mou du genou ! Certes pour les martiales paroles pas de problème. Mais il était urgent d'attendre... l'avis du congrès. Et la ruse russe apparaît comme une planche de salut. Pour les discussions, les promesses, les atermoiements, les feintes reculades (et les vrais camouflets), on peut faire confiance au régime syrien et à son allié Poutine. Et quand tout cela aura tourné en eau de boudin, il sera difficile de balancer de beaux missiles pour sanctionner l'utilisation des armes chimiques.

D'autant que la libération de deux otages - le reporter italien Domenico Quirico et l'enseignant belge Pierre Piccinin Da Prata,  - ne va pas redorer la cause déjà bien écornée des révoltés. Le belge sème en plus le doute sur l'origine de l'attaque aux gaz en assurant que Ce n’est pas le gouvernement de Bachar Al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Le Journaliste italien aura beau fortement nuancer cette affirmation, le mal est fait, que les pro-Assad ne manqueront pas d'exploiter...

Tout cela pue la manip et il faudrait un John Le Carré pour décrypter les jeux souterrains d'un régime capable de fabriquer de faux rebelles avec de vrais bandits.

 

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