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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 21:21
Expansion arabe sous Mahomet (I) et les trois premiers califes, Abou Bakr (II), Omar (III) et Uthman (IV)

Expansion arabe sous Mahomet (I) et les trois premiers califes, Abou Bakr (II), Omar (III) et Uthman (IV)

Ce mot m'est apparu dans un article d'un prétendu philosophe qui, dénonçant la mise en parallèle de l'antisémitisme et de l'islamophobie, par notre umpereur, l'accusait de dhimmitude. Ce terme venait donc enrichir les insultes et anathèmes de la secte xénophobe : à côté de la bien pensance ou de la pensée unique, il y avait déjà les idiots utiles, les gauchistes compassionnels dégénérés, les gaucho-islamistes, les collabos des fascistes politico-religieux, sans oublier Baubérot et consorts et j'en passe.

 

Ce néologisme aurait été forgé par une « historienne », juive d'origine égyptienne, expulsée d'Egypte sous le régime nationaliste de Nasser, Giselle Littman, qui a pris pour pseudo Bat Ye'or (fille du Nil).

Cette historienne a une vision assez peu historique de ce qu'étaient les dhimmis sous les empires musulmans et porte des jugements moraux sur la « corruptibilité des chefs chrétiens ». Elle parle du calife Omar (première moitié du VIIe siècle) comme s'il s'agissait du célèbre Mollah Omar, vélomotoriste et compagnon de Ben Laden, notre contemporain.

 

Il suffit de comparer la prise de Jérusalem en 637 par cet Omar, avec celle des croisés en 1099, pour se demander de quel côté étaient les barbares sanguinaires*.

Donc en 637, le général byzantin défenseur de la ville s'étant enfui, le 2e calife, Omar, accorda sa protection aux habitants de la ville. Il garantit la sauvegarde des sites chrétiens et la liberté de culte.

En 1099. « Entrés dans la ville, les pèlerins poursuivaient, massacraient les Sarrasins jusqu'au Temple de Salomon... où il y eut un tel carnage que les nôtres marchaient dans le sang jusqu'aux chevilles ». La ville est pillée, sa population musulmane, juive et de chrétiens grecs, coptes, syriens, arméniens est massacrée.

 

La conversion très rapide de tribus entières à l'Islam, pendant la conquête arabe, est moins due à la force qu'à la simplicité de cette religion qui se résume pour ses adeptes à cinq grandes obligations. L'exemple du Maghreb est net. Si Oqba ibn Nafi, en 682, trempe les sabots de son cheval dans l'océan, croyant avoir atteint l'extrémité de la terre vers l'Ouest, il va se heurter à une résistance menée par la légendaire Kahina. Elle lui coûtera la vie. Mais, à peine la Kahina fut-elle vaincue (701) que des tribus berbères se  convertirent et sous la direction de l'un d'eux, Tarik ibn Zyad, en 711, ont conquis l'Espagne Wisigothe, qui devient Al Andalus. Les conquérants arabes, très peu nombreux, n'ont pu asseoir leurs conquêtes qu'avec le ralliement de larges fractions des populations conquises.

 

Les dhimmis étaient les « gens du livre », les chrétiens (de toute obédience, y compris ceux que la papauté persécutait) et les juifs. Ils étaient soumis à la capitation et à un impôt foncier, mais gardaient leur liberté de culte (sans prosélytisme, bien sûr) et leurs propres tribunaux.  Certes, comme le dit la « fille du Nil », ils furent humiliés, ainsi les abassides et leurs successeurs leur infligèrent des obligations vestimentaires, par exemple. Mais la culture des Juifs séfarades connut son âge d'or pendant l'ère musulmane d'Al-Andalus avec des érudits comme Maïmonide et Ibn Ezra.

 

Quand en 1492, les rois très catholiques, Isabel I de Castille et Ferdinand II d'Aragon s'emparent de la dernière possession musulmane, Grenade, promesse fut faite d'accorder aux musulmans du royaume vaincu un statut calqué sur celui des dhimmis. Dès 1502**, l'engagement fut renié et les musulmans, comme les juifs, n'eurent d'autre choix que l'exil ou la conversion. Les convertis de force, marranes pour les juifs, moriscos pour les musulmans, n'en furent pas quitte pour autant. L'inquisition de Torquemada, tortures aidant, fit avouer à beaucoup d'entre eux la pratique clandestine de leur ancienne religion. En 1535, est instaurée une condition dite de "propreté de sang" (limpieza de sangre) : toute personne désireuse d'accéder à certaines charges importantes en Espagne devait faire la preuve qu'elle ne possédait pas d'ancêtre juif ou musulman depuis au moins quatre générations. Cette condition deviendra une loi qui ne sera abrogée qu'en 1865. Philippe III signe le 22 septembre 1609 le décret d'expulsion de tous les Morisques d'Espagne (véritable déportation vers le magrheb).

 

  Faut-il rappeler aussi que notre république des droits de l'homme, en l'occurrence la troisième, affirmant que «les races supérieures ont le droit et le devoir de civiliser les races inférieures» (J. Ferry), ont dhimmisé les populations colonisées, avec un « droit indigène » qui préservait certes leurs tribunaux propres, mais les mettaient dans un état d'infériorité qu'on peut qualifier, sans exagération, d'humiliation !

 

Donc, comme de coutume - si l'on peut dire - nos pseudos laïcs et vrais xénophobes ont fait preuve d'une totale inculture historique - les dhimmis étant ceux qui, à travers les siècles, ont sauvegardé leurs « communautés » (et oui, c'est le mot qui convient) chrétiennes diverses, et dont l'entente n'est d'ailleurs pas toujours très évangélique, et juives. Les musulmans, contrairement aux catholiques (voire aussi les dragonnades), n'ont pas pratiqué de conversions forcées systématiques à l'encontre des gens du livre.

 

Le néologisme dhimmitude est une totale infamie.  

 

* Oui, je sais, ce disant je porte aussi implicitement un jugement moral, mais d'abord, je ne me prétends pas historien, ensuite, depuis les lois « mémorielles », les condamnations « achroniques » (sans mise en perspective avec l'époque) sont de mise.

 

** Léon l'Africain conte les tribulations de ce Léon-Hassan né à Grenade mais dont la famille a dû fuir à Fès avec la dernière étape de la Reconquista.

 

Al Andalus L'Espagne au temps des califes

Expulsion des Morisques en Espagne

Expulsion des Morisques en Espagne

 

"DHIMMA"

 

Etymologiquement, de la racine DhMM:  mettre sous tutelle,  être sous  protection.

 

 Dans les pays conquis par les musulmans, aux communautés monothéistes refusant de se convertir à l'Islam, et par voie de conséquence, ne faisant pas partie de la "Umma"(la communauté islamique), était imposé le statut de "dhimmi", c'est à dire un ensemble de dispositions humiliantes en contrepartie d’une protection et du droit à pratiquer leurs rites.

 

En gros, ces règles étaient les suivantes:

-Interdiction de porter la main sur le Coran.

-Interdiction de pactiser avec les ennemis de l'Islam.

- interdiction des mariages entre musulmanes et dhimmi (par contre un musulman peut épouser une dhimmi, les enfants doivent être musulmans).

-Interdiction de construire des édifices religieux ou des logements privés en quartier musulman.

-Interdiction d’élever des édifices religieux plus haut que les mosquées.

-Obligation de  port de vêtement distinctif.

-Interdiction de posséder des chevaux.

-Interdiction d'avoir des esclaves.

-Primauté de la Loi coranique dans tous les jugements.

-Irrecevabilité des témoignages des dhimmis contre les musulmans.

-Assujettissement des taxes et impôts particuliers.

- Interdiction d'apprendre l'arabe littéraire.

 

Il faut, toutefois, souligner que le  Judaïsme marocain, par exemple, a joui d'une autonomie culturelle assez large accordée par la plupart des sultans qui se sont succédés au Maroc.

 

D’après Saïd Sayagh

 

Le Pacte d’Omar est la toute première entente entre les autorités musulmanes et les non musulmans des territoires qu’elles occupent. Fondamentalement, c’est l’entente d’un occupant envers un conquis. C’est aussi l’entente d’un commandement sectateur envers une communauté d’ouailles qu’il ne considère ni mécréante (et, conséquemment pas athée non plus), ni idolâtre mais monothéiste comme lui, donc, par principe: tolérable. On y formule des procédés assez classiques d’encadrement coercitif des populations (interdiction du port d’armes et de la chevauchée, imposition de signes distinctifs, taxes spéciales, déférence affichée) mais, en échange, et ce n’est pas mince, les cultes non musulmans sont préservés et protégés par les autorités.

À une époque où la pure et simple mise en esclavage de peuples conquis en rébellion larvée permanente était chose commune, obligatoire presque, on a ici un véritable morceau de mutuelle bravoure dans l’effort de coexistence pacifique.

 

Ne discute avec les gens du livre

que de la manière la plus courtoise.

-Sauf avec ceux d’entre eux qui sont injustes-

 

Dites:

« Nous croyons à ce qui est descendu vers nous

et à ce qui est descendu vers vous.

Notre Dieu qui est votre Dieu est unique

et nous lui sommes soumis».

 

(Le Coran, Sourate 29, L’araignée, verset 46 traduction D. Masson)

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commentaires

dubant 05/08/2009 11:38

Le néologisme "dhimmitude" n'est pas une "totale infamie", mais une parfaite imbécillité. Peut-on transposer au XXIe siècle des pratiques anciennes et, plus encore, porter des jugements moraux de notre temps là-dessus ? Historiens ou non, ceux qui s'y aventurent ne méritent qu'une réponse: l'indifférence. C'est pourquoi je trouve que le commentaire fait trop d'honneur, par sa longueur, à la bêtise de cette "fille du Nil" qui ferait mieux d'y replonger définitivement.

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