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9 août 2021 1 09 /08 /août /2021 17:24
L’historiographe du royaume

« Je fus en grâce autant qu’en disgrâce. De l’un ou l’autre état les causes me furent souvent inconnues. »

Courriel de l’ami Paul me conseillant la lecture de cet Historiographe du royaume ne serait-ce que par le récit qui y est fait du coup d’état de Skhirat.

Nous étions, tous les deux, animateurs d’un stage de la MUCF (mission universitaire et culturelle française) à Rabat. Le 10 juillet 1971 donc, dans l’ancien séminaire qui abritait ce stage, nous avions eu vent d’évènements indéterminés, jusqu’à ce que le soir, un membre de la MUCF, qui avait récupéré une invitation à l’anniversaire du roi d’un cadre en vacances en France, nous conta le peu qu’il avait vu, ayant passé, après l’attaque, l’après-midi couché sous la surveillance de cadets peu amènes, mais surtout nous rapporta les bribes d’information glanées après la libération des survivants.

Le lendemain, nous voilà parti tous les deux vers le centre ville. Voiture garée dans une Avenue Mohammed V déserte, nous arrivons au croisement de l’Avenue Moulay Hassan, découvrant à gauche, sur le trottoir, une foule compacte et totalement silencieuse, de l’autre de jeunes soldats armés répartis tous les deux ou trois mètres. Planté au milieu de l’avenue, je photographie cet insolite spectacle, quand un jeune troufion se précipite sur moi, me plante le canon de son arme sur le sternum, et, criant en arabe, me réclame visiblement l’appareil. Heureusement, un sous-officier, nettement plus âgé et plus calme est arrivé et je pus négocier la seule confiscation du rouleau de pellicules.

L’historiographe du royaume

Donc l’achat de ce livre s’imposait.

« Le 10 juillet 1971, comme chaque année, le roi avait ordonné des réjouissances pour célébrer son anniversaire, dans le palais de plaisance qu’il avait à Skhirat, au bord de l’océan Atlantique, à peu de distance de la capitale, en allant vers le sud. Environ mille cinq cents personnes de distinction, sujets du royaume et ressortissants étrangers, avaient été invitées et se répartissaient, à l’heure du déjeuner, dans les grands jardins de ce palais. »

Le conteur, Abderrahmane Eljarib, est, à l’époque, l’historiographe du royaume. Bien que d’extraction modeste, il a partagé la scolarité du futur roi, au collège royal, au sein du palais. Après des études supérieures en France, il pouvait espérer accéder à des fonctions élevées, quand Hassan accède au trône. Il se retrouve, en fait, affublé du titre pompeux autant que vide de « gouverneur académique de Tarfaya et des territoires légitimes », exilé dans cette localité lointaine que l’Espagne venait de rétrocéder au Maroc, aux portes de ces territoires légitimes, l’ouest saharien resté aux mains des espagnols. Son retour en grâce, après sept ans de cet exil, fut aussi incompréhensible.

L’historiographe du royaume

Des invités à l'anniversaire du roi s'enfuient sur la plage de Skhirat.

Le récit du coup d’état de Skhirat, si ce n’est le rôle que se donne le conteur, semble très fidèle aux faits qui se sont déroulés, avec un général Medbouh, chef de la maison militaire du roi et instigateur du complot, timoré et un colonel Ababou, à la tête de ses cadets d’Ahermoumou, plus brutal qu’intelligent, puisque ne s’assurant pas de la capture du monarque ou de son exécution. On y retrouve un général Oufkir, en slip de bain, un ambassadeur de France au ton docte et approximatif, un stagiaire de l’ENA à l’esprit égaré,  et un coopérant, qui eut pu être notre ami de la MUCF, qui avait récupéré une invitation.

L’historiographe du royaume

Un peu plus d’un an plus tard a lieu le coup d’état des aviateurs. Et le narrateur, l’historiographe, tint « du roi lui-même le récit de l’attentat aérien où il avait failli périr ». Le récit d’Hassan II est évidemment conforme au déroulement de cette attaque du Boeing royal par les F-15 de la base de Kénitra, jusqu’à la ruse du souverain empruntant la petite voiture d’un fonctionnaire pour quitter l’aéroport, tandis que les chasseurs mitraillaient les voitures officielles.

Entre les deux attentats, Hassan avait chargé son historiographe d’envisager l’opportunité ou pas de célébrer le tricentenaire de l’accession au trône de Moulay Ismaël et si oui d’en proposer le déroulement. Abderrahmane va donc accompagner le frère du roi, Moulay Abdallah, représentant le Maroc aux immenses festivités organisées par le Shah d’Iran, à Persépolis, pour la célébration du 2500e anniversaire de la fondation de l'empire perse. Se documenter aussi sur les grandes fêtes de Louis XIV, contemporain de Moulay Ismaël*.

 

Jusqu’à ce qu’Hassan II lui téléphone, pour lui dire qu’il s’était rangé aux raisons d’Oufkir qui lui déconseillait une telle célébration de son glorieux mais sanguinaire ancêtre. « Il m’a laissé entendre qu’il songeait à une autre manière de célébrer le tricentenaire de Moulay Ismaël, qui serait frappante, mais qui ne coûterait rien, qui nécessiterait  moins d’hommes et de temps de préparation que ta mise en scène à grand spectacle, et qui, d’une certaine façon, ne me créerait pas l’embarras de me mettre en équation avec Moulay Ismaël, si tu vois ce que je veux dire.» 

Hassan II conclura son récit de l’attaque du Boeing par « C’était donc ça  la manière dont il avait prévu de célébrer les trois cents ans du règne de Moulay Ismaël : en disloquant le trône alaouite en plein ciel. »

L’historiographe du royaume

"Le roi aimait à citer des auteurs français, et singulièrement Pascal, pour qui il avait une telle prédilection qu'il lui attribuait souvent des sentences dont il n'était pas l'auteur. Le peuple ne s'arrêtait pas à ces imprécisions, il était fier d'avoir un souverain érudit, capable d'en remontrer aux Français ; les lettrés les percevaient, mais pour rien au monde ils n'auraient osé en rire." 

Pour les milliers de jeunes coopérants – devenus bien vieux maintenant – qui se sont répartis dans les collèges et lycées du Maroc, en particulier du milieu des années 60 aux années 70 du siècle dernier, ce livre ravivera des souvenirs historiques. Il donne aussi un portrait au vitriol du souverain, avec, dans l’épilogue, l’évocation d’une scène cruelle d’un Hassan II, atteint par la maladie, flottant un peu dans son costume, porte-cigarette à la main, plus capable de conduire lui-même, faisant tourner sous ses yeux les voitures de luxe de son garage.

L’historiographe du royaume

* Le nom de ce sultan est le plus souvent orthographié Moulay Ismaïl (1672-1727)

Découvrir quelques pages du récit : cliquer ici.

Pour compléter

« L’Historiographe du royaume » : les mille et une influences de Maël Renouard

"L’historiographe du royaume" : Maël Renouard, finaliste du Goncourt, nous fait vivre la Cour d’Hassan II

“L’Historiographe du royaume”, de Maël Renouard

L’Historiographe du royaume de Maël Renouard, une œuvre littéraire en dissimule d’autres

Voir aussi dans la "Lettre culturelle franco-maghrébine" la critique de Denise Brahimi

 

Denise Brahimi a repris et étoffé sa critique pour le Courrier de la SIELEC n° 12. L'extrait suivant est assez ambigu avec ces "temps qui rabâchent l’idée de démocratie" ou "cette même pratique du pouvoir [absolu], effarante et scandaleuse aux yeux des bons démocrates que nous sommes devenus" ou encore "En ce sens, le roman de Maël Renouard participe d’une conception très péjorative du pouvoir et de ses abus dont on sait combien elle est répandue à notre époque, constituant une des bases de ce qu’on appelle le populisme."

Quant au 20e siècle qui n'aurait pas connu "le mélange délétère du religieux et du politique", Mme Brahimi ignorerait-elle que le shah d'Iran est renversé en 1979 ? Et Hassan II, lui-même, savait jouer de son rôle de "commandeur des croyants".

 

"[...] Le triangle Hassan II, Moulay Ismaïl et Louis XIV est historique et politique.

 « L’historiographe du royaume » en évoque un autre, littéraire celui-là, sur lequel Maël Renouard revient assez longuement dans l’épilogue de son livre, qui se passe après la mort d’Hassan II en  1999 et conduit le lecteur jusqu’à celle d’Eljarib qui fut l’historiographe du Roi. Cette préoccupation littéraire prend elle aussi une forme triangulaire dans la mesure où elle part de la « Recherche du Temps perdu » de Marcel Proust et porte sur des relations éventuelles entre deux autres écrits monumentaux, les « Mémoires » de Saint-Simon » et les « Mille et une Nuits ». » On voit que nous sommes ici encore au coeur d’un rapprochement multiple entre l’Orient et l’Occident, à la fois dans l’espace et dans le temps. L’épilogue de Maël Renouard montre que cette recherche reste passionnément vivante chez de jeunes universitaires d’aujourd’hui, une enseignante par exemple dont on voit qu’elle est toute prête à prendre le relais et à assumer l’héritage d’Eljarib. Celui-ci, avant de disparaître, est d’ailleurs venu à Paris pour assumer de hautes fonctions dans un lieu qui lui correspond parfaitement, l’Institut du monde arabe ou IMA, à la fois consacré à la connaissance du Monde arabe et situé en plein coeur de Paris.

Du rapport entre les deux « triangles » qui viennent d’être évoqués, on peut sans doute dégager une signification, qui elle-même serait en rapport avec le thème général du livre. A travers l’histoire d’Hassan II et sans avoir pour cela à en rajouter, si l’on ose dire familièrement, l’auteur donne l’exemple de ce qu’est un certain type de pouvoir vraiment absolu, dont on a un peu de mal à se faire une idée, en nos temps qui rabâchent l’idée de démocratie. Cette représentation est d’autant plus sidérante (alors que la plupart des faits sont attestés par ailleurs) que pourtant elle ne semble pas polémique, du fait qu’Eljarib garde un attachement et une soumission sans réserve au Roi, dont il aura subi toute sa vie sans les comprendre les humeurs et les caprices. Tous les autres souverains et monarques dont il est question dans le livre, notamment à travers les deux « triangles », incarnent cette même pratique du pouvoir, effarante et scandaleuse aux yeux des bons démocrates que nous sommes devenus. Compte tenu des insurrections violentes que cette pratique suscite et de leur répression par le pouvoir du souverain (sultan, prince, roi etc.), l’action politique paraît se consumer dans ce type d’activité et y trouver son trait le plus constant, séculaire voire millénaire si l’on pense aux empereurs romains. En ce sens, le roman de Maël Renouard participe d’une conception très péjorative du pouvoir et de ses abus dont on sait combien elle est répandue à notre époque, constituant une des bases de ce qu’on appelle le populisme.

Pour ne parler que de ce qui apparaît très clairement, on constate que la religion ne semble jouer aucun rôle dans l’exercice du pouvoir tel qu’il le décrit. Ce qui est normal puisque le présent du livre se situe entièrement au 20ème siècle, le mélange délétère du religieux et du politique étant le fait du siècle suivant, c’est-à-dire le nôtre. (...)"

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 16:06
Mohamed Mezziane, le Général More de Franco

L’un des aspects des plus douloureux et abominables de la rébellion franquiste fut l’utilisation, par un caudillo champion du national-catholicisme, de guerriers musulmans pour écraser par le sang et le feu d’autres espagnols. Et cela une dizaine d’années après que ces militaires africains, sous les ordres de Franco, avaient brutalement soumis, y compris par l’utilisation de l’ypérite, gaz toxique, d’autres musulmans du Rif qui résistaient au colonialisme espagnol.

Quatre kilos de sucre et un bidon d’huile

180 pesetas al mes, con dos meses de anticipo. 4 kilos de azúcar, una lata de aceite y tantos panes como hijos tuviera la familia del alistado”

Uniforme des "regulares" avec ceux de leurs officiers espagnols (à l'exception près)

Uniforme des "regulares" avec ceux de leurs officiers espagnols (à l'exception près)

Pourquoi tant de Marocains de la zone Nord, celle du protectorat espagnol, se sont rangés derrière les militaires rebelles antirépublicains ? En partie enrôlés de force mais surtout poussés par la faim. Après des années de sécheresse, donc de maigres récoltes, beaucoup furent tentés par les deux mois de solde payés d’avance plus quatre kilos de sucre et un bidon d’huile et du pain en fonction du nombre d’enfants.

Pour que la droite nationaliste puisse admettre l’aide de Mores qui, depuis des siècles, étaient présentés comme l’ennemi par excellence de l’Espagne centralisée, unitaire et catholique, Franco argua que les chrétiens franquistes et les musulmans rifains partageaient la croyance en un Dieu face aux athées républicains, communistes et anarchistes.

8000 d’entre eux ont traversé le détroit de Gibraltar dans des avions et bateaux allemands. De même qu’au Maroc la pratique du vol, voire de la razzia, était tolérée, quand elle n’était pas encouragée, pour compenser la maigre solde et maintenir le moral des troupes, les officiers franquistes ont non seulement permis mais encouragé la même pratique en Espagne. Les villes et villages tenus par les rouges furent mis à feu et à sang avec destructions, viol et massacre de la population civile.

Après avoir dévasté l’Andalousie, Badajoz, où il fit exécuter 4000 prisonniers républicains, et une partie de la Castille, Yagüe était partisan de continuer sur Madrid, avec pour objectif d’éviter de permettre au gouvernement de la République d’organiser et renforcer la défense de la capitale. Mais Franco prit une décision qui changea le cours de la guerre. Il abandonna la marche sur Madrid, pour aller à Tolède secourir les rebelles du colonel Moscardo assiégés dans l’Alcazar. Franco remplaça Yagüe, opposé à cette opération, par son compagnon des campagnes du Rif, le général Enrique Varela. Le 21 septembre 1936, suivant les ordres de Franco, les troupes se dirigent sur Tolède.

Mohamed Mezziane, le Général More de Franco

La libération de l’Alcazar fut l’exploit qui consacra Franco comme chef de l’état national et la phrase « Tout est tranquille dans l’Alcazar !» fit du dictateur le Généralissime.

Une fois l’Alcazar libéré, il fallait purger la cité de tous les rouges. Tels des chiens assoiffés de sang, les tabors de « regulares » marocains, sous les ordres de leur colonel Mohamed Mezziane, furent lâchés. Sans aucun contrôle, ils se sont livrés à des actes de vandalisme et de barbarie qui ont ému et scandalisé le monde entier. Pas de prisonniers, des assassinats dans tous les coins ! Des ruisseaux de sang dévalaient la rue principale jusqu’aux portes de la ville. Des cadavres mutilés et castrés jonchaient les pavés de Tolède l’Impériale.  

L’hôpital San Juan où se trouvaient 200 blessés républicains ne fut pas épargné. Ils furent achevés à la grenade et à la baïonnette. Un médecin et une infirmière furent aussi massacrés.

Vingt femmes enceintes furent extirpées de la maternité et conduites au cimetière pour être exécutées. Des atrocités de ce type dont l’acharnement et la cruauté dépassent les limites du supportable pourraient être citées par douzaines.

Mohamed Mezziane, le Général More de Franco

À Tolède, comme dans les régions où les troupes de Mezziane étaient déjà passées, elles avaient démontré tout leur savoir-faire : fusillade de masse, mutilation des cadavres avec les parties génitales enfilées sur les baïonnettes en symbole de victoire, viols des femmes jusqu’à ce que mort s’en suive  et pillage des maisons avec des souks improvisés pour écouler le fruit de ces rapines !

Le viol comme arme de guerre

Phalangistes et soldats rebelles ont usé et abusé de la violence sexuelle, viols qui se terminaient par le meurtre. Les viols systématiques par les troupes africaines faisaient partie d’un plan délibéré pour semer la terreur. Pendant deux heures, les troupes avaient quartier libre dans les villes ou villages conquis et les femmes faisaient partie du butin.

Dans un article paru dans Foreign Affairs, en octobre 1942, l’américain Whitaker apporte des témoignages poignants sur les atrocités commises par Mezziane contre la population civile pendant la guerre de 1936. Par exemple, près de Navalcarneo, dans l’Estrémadure : « On lui amena deux filles qui ne semblaient pas avoir 20 ans... Sur l’une d’entre elles avait été trouvé un carnet syndical ; quant à l’autre, elle affirma n’avoir pas de convictions politiques. Meziane les fit emmener dans ce qui avait été l’école du village et où se reposaient une quarantaine de Marocains. On entendit alors les cris de la troupe. J’ai assisté horrifié. Alors que je protestais, Meziane me lança dans un sourire qu’elles ne vivraient pas plus de quatre heures ».

Mohamed Mezziane, le Général More de Franco

La férocité des Mores de Franco avait pour but d’effrayer les républicains. Ces mercenaires avaient la bénédiction de leurs très catholiques officiers espagnols pour piller, violer et mutiler les populations conquises. Franco a cyniquement utilisé les troupes marocaines, non seulement comme chair à canon, mais aussi comme arme psychologique de terreur contre le peuple espagnol. D’ailleurs, ces mêmes méthodes de pillage, de destruction, de viols et de mutilation (oreilles et testicules coupés, décapitation…) avaient été employées par l’armée espagnole elle-même dans la guerre contre les Rifains !

Mais qui était ce Mohamed Mezziane*, l’unique capitaine général more d’Espagne, responsable direct de tant d’atrocités ?

Mohamed Mezziane avec son père à l'école militaire de Tolède.

Mohamed Mezziane avec son père à l'école militaire de Tolède.

Un coup du destin explique, apparemment, l’exceptionnelle carrière militaire de Mezziane. En 1910, alors qu’il avait juste 13 ans, il monta sur l’estrade et résolut un problème sous le regard attentif d’Alphonse XIII, qui visitait son collège indigène à Melilla. Le monarque lui demanda ce qu’il voulait faire plus tard, il répondit « Capitaine » ! Trois ans après, le roi parraina son admission à l’Académie militaire d’infanterie de Tolède, dont le règlement fut modifié pour pouvoir admettre un musulman.

Le 17 juillet 1936, qui fut réellement le premier jour du soulèvement militaire, Mezziane saisit l’opportunité de remercier son pays d’accueil de ce qu’il avait fait pour lui. A la tête du 2e tabor de « Regulares », il rejoint les rebelles, et attaque la base d’hydravions, défendue par une poignée d’officiers, sous-officiers et soldats fidèles à la République, sous le commandement du capitaine Virgilio Leret. Ils furent les premières victimes de la guerre civile.

Mohamed Mezziane, le Général More de Franco

Peu après, dans la péninsule du coup, a commencé la cruelle carrière de Mezziane aux côtés de son « compagnon d’armes Franco ». Il joua un rôle non seulement dans la "libération" de l’Alcazar, mais aussi dans la marche sur Madrid et dans les batailles de Teruel et de l’Ebre.

En remerciement de ses services - meurtres et pillages, viols et mutilations, et autres exploits semblables -  Franco lui décernera le grade le plus élevé de l'armée, capitaine général, avant de le nommer commandant général de Ceuta, capitaine général de Galice puis capitaine général des Canaries et de le couvrir d’une batterie de médailles digne d’un Maréchal soviétique !

L'unique Maréchal de l'armée marocaine

Mais en 1956, au lendemain de l’indépendance, le roi Mohamed V lui demande de participer à l’organisation de ce qui deviendra, plus tard, les « Forces armée royales » (FAR) marocaines, aux côtés du prince héritier Moulay Hassan et du général Mohamed Oufkir. Ils en élimineront les membres de l’ALN (Armée de libération nationale). Et cette armée naissante écrasera la révolte des rifains. Si le rôle de Hassan II et de Mohamed Oufkir dans ce massacre est aujourd’hui reconnu, celui de Mezziane est moins mis en relief.

En 1964, il fut nommé ministre de la Défense. En 1966, en un geste de bonne volonté en direction de l’Espagne, aux dires d’Hassan II, il fut nommé ambassadeur du Maroc à Madrid. En 1970, Hassan II lui octroie le titre de Maréchal, la plus haute distinction militaire, le seul Maréchal qu’ait connu l’armée marocaine.

Il meurt à Madrid en 1975, la même année que Franco.

 

 

* Mezziane, en arabe dialectal veut dire "bien" (s'agissant de ce personnage on dirait plutôt "machi mezziane" "pas bien du tout"). Mohamed Mezziane est un raccourci de son nom complet  Mohamed Belkacem Zahraoui Meziane ; il est le fils d'un notable rifain pro-espagnol  Mohammed Ameziane ; en Espagne il est aussi appelé ben Mizzian ou El Mizzian. Dans l'article de Sol López-Barrajón, il est nommé Mezzian, que j'ai légèrement 'francisé' en ajoutant un 'e'. Mais Meziane, Ameziane, Mezzian(e), Mizzian, c'est kif-kif.

Pour replacer l'action de Mezziane et des "Regulares" Mores dans le contexte global des massacres systématiques le dernier livre de Preston :

 

 

Une guerre d'extermination

Espagne 1936-1945

Spanish holocaust

the inquisition and extermination in twentieth century spain

Paul Preston

Editeur : Belin

 

La guerre civile espagnole fut une guerre d'extermination et de violence de masse. Paul Preston, spécialiste de cette guerre, se penche de façon pointilleuse, précise et très documentée sur les logiques d'extermination à l'oeuvre et la mort d'environ 200 000 civils victimes de meurtres ou de procès expéditifs après le coup d'État franquiste des 17 et 18 juillet 1936. À partir d'exemples concrets, il montre comment les troupes de Franco ont finalement tué environ trois fois plus de civils que les républicains, fondant leur action sur un corpus théorique élaboré et une politique de meurtre systématique touchant les hommes, les femmes et n'épargnant pas les enfants. Au-delà de la vision statistique, sans doute à jamais incomplète, Paul Preston s'attache à faire vivre l'histoire d'individus des deux camps, qu'ils soient victimes ou criminels, quel que soit leur âge ou leur sexe. Tout en éclairant le contexte politique et stratégique de la guerre, il décrit, en suivant une large trame chronologique, les effets sociaux, démographiques, psychologiques des affrontements entre rebelles et républicains.

Espagne, 1936, une guerre d'extermination (The Spanish Holocaust) vient combler un manque important de l'historiographie de l'Espagne au XXe siècle, longtemps confrontée aux difficultés de reconstruction d'une Espagne démocratique.

Institut Cervantes Paris

Voir aussi Le Monde des livres

 

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