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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 15:57
« Logique du coût » et redoublement

Petit échange courtois mais un peu vain avec un jeune prof d’Histoire-géo qui réagissait à une condamnation du redoublement car « coûteux et inefficace ».

« L'argument du coût est non avenu »  assénait-il, après avoir dénoncé ce qu’il appelle une « logique économique ».

Après lui avoir à mon tour martelé que c’était l’argent public que l’on gaspillait dans une politique inefficace (inefficacité qu’il ne semblait pas contester), j’eus droit à une réponse des plus bizarres : « Effectivement en "jeune" fonctionnaire fainéant et assisté je ne vis que pour une chose : voler l'argent des travailleurs. »

Lui ayant répondu que n’ayant fait aucune attaque personnelle cette réponse était nulle et non avenue, ce fougueux clionaute a cessé l’échange.

Mais ce n’est pas la première fois que je me heurte à cette dénonciation de la "logique économique", comme si s’inquiéter du bon usage des fonds publics – c’est-à-dire le produit de nos contributions directes ou non et aussi de notre endettement – était le fait d’un idiot utile au service du grand câpitâl !

Ainsi de la politique de santé. « La santé n’a pas de prix » clament ceux qui dénoncent les politiques de rationalisation de la santé publique. Sauf que si ! elle a un prix ! On peut contester les choix qui sont faits, dénoncer le cas échéant une logique technocratique voire une politique de gribouille qui, par des fermetures aveugles, transfère en fait les coûts. Mais pas se contenter de cette incantation rituelle contre la « logique économique ».

Pour en revenir au redoublement, dont je n’ai toujours pas compris si mon interlocuteur, prof d’histoire-géo (matière que j’ai pratiquée à une époque où le redoublement était, si j’ose dire, monnaie courante, et qui ne m’a jamais amené à demander quelque redoublement que ce soit) en était un adepte, des études sérieuses montrent qu’il est non seulement inefficace mais souvent nocif. L’actuel Ministre qui prétend le rétablir, alors qu’il n’a jamais été formellement aboli, en était, d’ailleurs, persuadé qui prônait dès 2010 qu’il soit exceptionnel (et qui déclare aujourd’hui qu’il doit rester rare !).

Faut-il rappeler aux nostalgiques du bon vieux temps, que dans les années 80 du siècle dernier, comme en réaction à la politique d’Alain Savary, les taux de redoublements étaient démentiels ? Plus du quart des élèves de sixième redoublaient dans le premier collège où je suis arrivé comme principal. Mais le mal était endémique dans le primaire : ainsi, à la fin des années 70, voyait-on des élèves passer directement de CM 1 en CPPN de collège – censées être au niveau 4e - car ils avaient 14 ans. Autrement dit, ils avaient redoublé quasiment toutes leurs classes de primaire. « Qui redouble son CP redoublera encore » était une loi statistique.

« Logique du coût » et redoublement

La lutte contre ce véritable massacre fut quasi-sisyphienne.

Et, comme disait Chirac, on croyait voir le bout du tunnel, l’extinction, sinon de la paupérisation, du moins de ce néfaste redoublement.

Que pour des raisons les plus cyniquement tactiques – complaire à des parents d’élèves partisans du redoublement… pour les enfants des autres, mais aussi à des profs qui y voient un attribut de leur pouvoir au lieu d’y voir un témoignage de leur échec – un Ministre le relance, on doit le condamner. Mais que des enseignants n’appartenant apparemment pas à la réacsphère (style Brighelli) l’approuvent est des plus inquiétant.

Rapport de 2004 du HAUT CONSEIL DE L’EVALUATION DE L’ECOLE (HCEE)

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Publié par JFL J.-F. Launay - dans HCEE CNESCO Brighelli clionaute
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 15:56

  Le supplément économie du Monde du 23 septembre 2008 se penche, dans l'analyse de la semaine sur « Le revers de la médaille » de Xavier Darcos.

 

Thibault Gajdos (CNRS, Sorbonne), à partir de l'exemple de deux élèves (l'un milieu favorisé, logement spacieux, lycée huppé ; l'autre parents ouvriers, chambre partagée, lycée sensible), introduit la théorie de Roemer. À environnement identique, un élève a d'autant plus de mérite qu'il obtient de bons résultats. Mais pour les deux élèves de l'exemple, ce n'est pas le cas. Prenant, lui, un exemple sportif, Roemer constate qu'on ne peut directement comparer les performances d'un cadet ou d'un junior. « On mesure leur mérite à l'aune de la "classe" à laquelle ils appartiennent ».

« En attribuant des médailles sans tenir compte des circonstances dans lesquelles se trouvent les lycéens, le ministre nie les inégalités scolaires, liées aux facteurs sociaux et culturels » . Et l'analyste de conclure qu'il ferait mieux de s'attaquer « aux inégalités scolaires dues aux conditions sociales des élèves ». Mais il est plus facile de distribuer des médailles.

 

Cette théorie de Roemer est appliquée dans les indicateurs bac. Imparfaitement sans doute (cf G. Felouzis), mais rompant avec le palmarès brut de naguère qui comparait les résultats des cadets et des juniors, des lycées huppés et des lycées sensibles.

Et, si imparfaits soient-ils, quand une étude de la DPD, portant sur six ans d'indicateurs de performance, montrait que certains lycées ont constamment une valeur ajoutée négative sur les trois indicateurs, que Darcos, pris d'un nouvel accès de fièvre populiste, puisse menacer de les fermer (à l'anglaise), devrait-il empêcher, comme le préconisait P. Dasté dans un rapport à feu le HCéé*, de mettre en place une stratégie pour ces lycées de la moins-value : analyse d'abord avec des outils moins rustiques - les grands agrégats de PCS ne permettent pas de détecter une population particulièrement défavorisée, par exemple - puis diagnostic, recherche de solutions au moins partielles, mise en œuvre, suivi et bilan...

 

La culture de l'évaluation, préconisée par Thélot, qui s'est timidement implantée, ne doit pas être éradiquée au prétexte que des idéologues néo-libéraux, pour qui la théorie de Roemer est déjà trop subtile, dont la conception du pilotage est celle du bulldozer, prônent une prétendue évaluation-guillotine.

 

* Haut conseil à l'évaluation de l'école

Les "bons points" ont été empruntés au site de l'académie de Versailles

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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 17:31
Panel d’élèves entrés  en 6eme en 1995

Panel d’élèves entrés en 6eme en 1995

Que la clique des rétropenseurs récuse toute donnée, toute étude qui ne conforte pas ses préjugés, cela ne surprend guère. Un éminent mathématicien, qui voyait dans les inspecteurs de tout poil des khmers rouges, affirme que le bac actuel est d'un niveau inférieur au certif des années 30. La rigueur démonstrative qu'impose sa discipline s'évanouit immédiatement dès qu'il s'agit de déblatérer sur le système éducatif : l'argument d'autorité, aussi grossier soit-il, lui suffit. Mais que le HCE annonce qu'à l'issue du primaire 15 % des éléves connaissent des difficultés sévères ou très sévères et que 25 % ont des acquis fragiles cela se traduit par 15 % d'illettrés et 40 % n'ayant pas le niveau en 6e ! La manipulation des chiffres peut aller jusqu'à la totale incohérence : ainsi Mme Brizard, journaliste d'un hebdo de centre-gauche, compare le pourcentage de bacheliers sur une classe d'âge en 1936 avec le pourcentage d'admis par rapport aux inscrits au bac 2007 ! Et un sondage récent nous apprend que 60 % des sondés jugent que le niveau du bac a baissé : sauf que la majorité d'entre eux n'a jamais passé le bac.

 

Mais que celui qui est la cible privilégiée de tous les réacs finkielkrautiens affirme : « Je pense qu'en effet il y a une baisse du niveau », a priori, surprend. Outre que ce mythique niveau, depuis Socrate au moins, ne cesse de baisser, sans atteindre l'étiage, le je pense interroge. S'agit-il d'une opinion ? S'agit-il d'un fait avéré ? L'affirmation est cependant nuancée, la baisse n'est pas globale et porte surtout sur l'orthographe et la grammaire ? PIRL, mais aussi une étude faite à partir d'une dictée qu'un Inspecteur primaire faisait passer dans les écoles de l'entre-deux guerres montrant une baisse nette avec le test précédent dans les années 80 (où là le bilan était positif par rapport aux années 30, ce qui met à mal les diatribes sur mai 68) étayeraient l'affirmation sur l'orthographe.

 

Mythique orthographe de nos ancêtres.

Quand j'étais gosse, on nous donnait en exemple l'orthographe supposée parfaite des grands pères et grands-mères. Sauf qu'une étude sur les millions de cartes postales qui se sont échangées pendant la Grande Guerre a révélé que les valeureux poilus et leurs belles prenaient des libertés gigantesques avec l'orthographe et la syntaxe.

Baisses ici, mais progrès nulle part ? Impossible de tenter de démontrer, avec Hervé Hamon et quelques sociologues, que globalement le niveau monte, sans provoquer des ricanements ?

 

En arrière-plan, le procès des IPES et, en particulier, des indicateurs bac.

Le « café pédagogique » - oubliant un peu que ces indicateurs s'étaient substitués au palmarès traditionnel qui mettait sur le même pied  les « grands » lycées au recrutement hyper privilégié et les lycées banlieusards (pas Neuilly mais Drancy) ou de nos profondes provinces - leur a opposé un travail de Georges Felouzis*, commandé par ceux-là même qui ont lancé ces IPES. Felouzis fait ressortir que les résultats du Brevet sont un facteur plus pertinent dans le calcul de la valeur ajoutée que ceux employés (âge et origine socio-professionnelle). Mais ces résultats du Brevet sont peut-être à relier au PCS (même si les scores aux évaluations dites 6e seraient plus pertinentes). On peut aller ainsi jusqu'au doublement du CP. Où il restera le noyau dur : PCS, à moins que ce ne soit l'origine ethnique ?

 

Ethnique, mot tabou ! Felouzis est payé pour le savoir. Ses travaux sur la sur-ghettoïsation dans les collèges (à partir des collèges bordelais) ont provoqué chez les Républicains, avec un r majuscule, un tollé. Comment - avec en plus un indicateur indirect (le prénom) faute de données plus précises - se focaliser sur l'origine ethnique des élèves, alors que l'Ecole de la République ne reçoit qu'un élève abstrait sans couleur de peau, sans conditions de vie familiale, sans origine pour tout dire (nos compagnies Républicaines de sécurité qui pratiquent industriellement le contrôle au faciès ont dû oublier cette noble abstraction et comme disait Coluche « tous égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que les autres »). « La ségrégation ethnique au collège », ainsi ose-t-il titrer un article résumant ses travaux. 

 

Car ce rejet des indicateurs chiffrés se double, outre de cette fiction prétendument républicaine de l'élève ou du citoyen abstrait, du mythe de Big Brother.

Une évaluation de fin de CM2, sur un échantillon de classes suffisamment large pour que des études sur des sous-groupes (par académies, PCS, etc.) gardent leur pertinence, a été lancée. En quatrième partie les élèves étaient invités à répondre à un questionnaire. Levée immédiate de boucliers. Ainsi, demander à l'élève quelle langue était pratiquée à la maison relevait du viol de l'intimité enfantine. Comme si le croisement anonyme entre résultats à ce test et pratique ou non du français au sein de la famille était inintéressant.  Comme Darcos partage avec les uns ou les autres la méfiance des études tendant à l'objectivité (sa réaction au rapport Obin-Peyrieux - « double ânerie » - en témoigne), la partie IV est passée à la trappe.

 

Le suivi de cohorte  est aussi sur la sellette. Là encore, mais non plus sur des classes, mais sur des élèves désignés par tirage aléatoire, il s'agit de suivre cet échantillon d'entrants à un niveau donné, suffisamment large (dans la nouvelle campagne 25 000 je crois), pour avoir des sous-groupes représentatifs, jusqu'à la fin de leur scolarité. La cohorte précédente a nourri, de paliers en paliers (fin 3e, fin CAP-BEP, fin Terminales...) des tas d'études. Les élèves désignés sont nécessairement suivis nominalement, mais l'exploitation des résultats est anonyme. Des questionnaires très complets sont envoyés aux familles des enfants. Cela a évidemment déclenché des réactions indignées, dont le Canard Enchaîné s'est fait l'écho.

 

Bien sûr, une majorité d'enseignants, pour qui la note est au centre du système bien plus que l'élève noté, ont accueilli avec scepticisme les évaluations nationales. Celle de seconde a été sabotée. Celle de 6e sous exploitée.

 

Le vœu que la notation cède justement le pas à des évaluations (absolument indispensables) s'apparente au mythe de Sisyphe : quand on croit atteindre enfin le but, Robien ou Darcos aidant, on se retrouve plus bas qu'au point de départ. Et si l'on doit, une fois de plus, essayer de remonter la pente, il vaut mieux que les évaluations préconisées soient le mieux critériées possible, si l'on veut, c'est le but, que l'élève concret puisse en faire son miel.

 

Reste la sempiternelle opposition quantitatif vs qualitatif.

Peut-on mesurer le qualitatif ? Absurde. Voire.

L'émergence d'un sujet n'est pas quantifiable.  Bien. Mais si c'est la mission essentielle faut-il s'en remettre à la pifométrie pour savoir si elle est remplie ?

Commençons peut-être par fixer des objectifs plus modestes : plus de responsabilité personnelle, d'autonomie par exemple. On pourra ainsi plus facilement déterminer quelques critères précis permettant de mesurer les progrès dans l'acquisition de cette autonomie.

Mais ce sujet en devenir est un sujet social. Il n'est peut-être pas impossible, dans une classe au climat délétère, par exemple, d'essayer avec les premiers concernés, les élèves, de fixer quelques buts, dont découleront des indicateurs (osons le mot) qui permettront de mesurer si le vivre ensemble prend corps.

 

La tentation technocratique de tout mettre en chiffres et en fiches est certes prégnante. La façon dont la LOLF a été mise en place (alors que l'Académie de Rennes avait démontré qu'elle pouvait être un outil au service d'objectifs pédagogiques) en est la preuve.

Mais elle n'est pas directement couplée à la régression manifeste des programmes et à la réduction des horaires du primaire (on surcharge la barque et on allège l'horaire, en toute logique).

 

Loin de crier haro sur les évaluations, en particulier globales, on devrait plutôt se désoler d'avoir vu disparaître le remarquable HCéé, remplacé par un HCE dont les missions ont été bridées.

 

* Les indicateurs de performance des lycées : une analyse critique ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/revue70/article5.pdf (Felouzis démontre que le niveau scolaire de départ - en s'appuyant sur les résultats des épreuves du Brevet - est un facteur plus pertinent ; il n'était pas pris en compte faute d'un fichier national du Brevet)

 

 

Bilan des résultats de l'école 2007 _ HCE
http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/40.pdf

Chiffres bruts et honnêteté intellectuelle
http://deblog-notes.over-blog.com/article-13458782.html

 

 

Base élèves du 1er degré : une pétition peu fiable
http://deblog-notes.over-blog.com/article-17916710.html

 

 

Vingt ans après, l’état de l’école française
http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=1138

 

 

Indicateurs et pilotage
http://deblog-notes.over-blog.com/article-13631317.html

 

 

La ségrégation ethnique au collège
http://www.islamlaicite.org/IMG/pdf/G.Felouzis.pdf

 

 

Quelle stratégie pour les militants pédagogiques aujourd’hui ?
http://www.meirieu.com/ARTICLES/militants_pedagogiques_sphoto.htm

 

 

LOLF et pilotage
http://education.devenir.free.fr/lolfpilotage.htm

 

 

Avenir de l’école : la messe est dite ?
http://deblog-notes.over-blog.com/article-15420531.html

 

 

Évitons la catastrophe ! Appel lancé, à l’initiative d’Antoine Prost
http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=3794

 

 

Le Haut Conseil de l'évaluation de l'école : tous les avis et rapports
http://cisad.adc.education.fr/hcee/index.html

 

 

NB La photo d’Antoine Prost est empruntée au Café Pédagogique

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