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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 14:53
Cassandra Vera condamnée pour des blagues sur Carrero Blanco

Après le rapeur Cesar Strawberry, c’est une jeune touitteuse, Cassandra  Vera, qui est condamnée à une année de prison pour 13 touittes sur Carrero Blanco ! Cette étudiante de Murcie de 21 ans a été condamnée parce que ses messages humoristiques offensaient la mémoire de l’ex premier ministre du dictateur Franco, victime d’un attentat de l’ETA.

L’Audience Nationale (AN), tribunal suprême espagnol, l’a condamnée en vertu d’une loi mémorielle qui interdit d’offenser la mémoire des victimes de l’ETA.

Loi qui peut se comprendre quand elle vise à protéger la mémoire des victimes, les plus nombreuses, quand l’organisation terroriste basque a continué ses assassinats et ces attentats après la mort de Franco* et surtout après les 1ères élections libres. Loi tout-à-fait justifiée même, si elle visait à poursuivre les jeunes voyous se réclamant de l’ETA qui narguaient les familles et proches des victimes, mais hélas les salopards qui agitaient une balle de pistolet sous les yeux d’une veuve n’ont jamais été poursuivis, dans un Pays Basque plongé dans la loi du silence.

Cassandra Vera condamnée pour des blagues sur Carrero Blanco

En revanche, l’ETA qui se battait sous la dictature franquiste peut être considérée comme un mouvement de Résistance. Et l’attentat spectaculaire qui a envoyé en l’air la voiture de l’amiral-premier ministre, rue Claudio Coello en décembre 1973, a été célébré par toutes les gauches européennes.

La condamnation, qui prive, en outre, la jeune fille de ses droits civiques pour 7 ans, est d’autant plus bizarre que les plaisanteries qu’elle a diffusées existaient avant qu’elle soit née. Presque tous les chauffeurs de taxi madrilènes répliquaient quand vous demandiez à aller rue C. Coello « Á quelle hauteur ? » et celles sur l’Amiral cosmonaute ne datent pas de l’invention de twitter.

Cassandra Vera condamnée pour des blagues sur Carrero Blanco

Elle montre qu’au plus haut niveau judiciaire en Espagne subsiste encore une frange de magistrats ultra réactionnaires qui opte pour une interprétation très extensive, et donc très répressive, de l’article 578 du code pénal espagnol dont le but affiché était de sanctionner une intention délibérée, directe et sans équivoque de causer une souffrance aux victimes d’attentats terroristes. Comme le faisaient en toute impunité les petites frappes de la Kale borroka s’attaquant à la veuve d’une victime.

Kissinger le regaló a Carrero Blanco un trozo de la luna, ETA le pagó el viaje a ella

Kissinger a fait cadeau d’un morceau de lune à Carrero Blanco, ETA lui a payé le voyage.

Le paradoxe de cette condamnation c’est que les touites de la jeune femme ont été reproduits par de nombreux sites leur donnant un écho démultiplié par rapport à l’audience de la touitteuse.

Image illustrant un message visant Alberto Garzón

Image illustrant un message visant Alberto Garzón

Le deuxième paradoxe c’est que ce parquet si prompt à traîner devant les tribunaux une jeune femme qui ne fait qu’exercer sa liberté d’opinion, est, en revanche, d’une totale passivité face à des menaces de mort à l’encontre d’élus ou leaders de gauche.

Ainsi le 27 janvier 2016, la Justice a classé sans suite une procédure contre un radical d’extrême-droite qui menaçait de mort Narciso Romero, Maire de San Sebastián de los Reyes. Le porte-parole du Front de gauche hispanique - Izquierda Unida – à la Chambre des députés, Alberto Garzón, reçut, entre autres touittes, la menace de l’assassiner et de violer toutes les femmes de sa famille ; l’auteur, Jaime A. Mora, militant d’un groupe d’extrême-droite, ne fut pas poursuivi. Et même les attaques ignobles contre la Présidente de l’Association des victimes des attentats du 11M, Pilar Manjón, la traitant de rouge et de putain, se félicitant que son fils soit bien mort, qui entraient tout-à-fait dans le cadre du fameux article 578, sont restées sans suite.

Cassandra Vera condamnée pour des blagues sur Carrero Blanco

Reste que, comme le souligne Maître EOLAS, cette jeune femme voit son avenir s’assombrir, puisque la privation de droits civiques lui interdit la fonction publique, donc le professorat.

Et, pour marquer votre solidarité envers Cassandra vous pouvez signer la pétition « Yo también me río con los chistes de Carrero y su viaje espacial financiado por ETA » - Moi aussi j’ai ri des blagues sur Carrero et son voyage spatial financé par ETA – qui affirme que la satire n’est pas un délit, l’humour noir, même de mauvais goût n’est pas un délit, une opinion n’est pas un délit !

* Y compris contre d’ex-membres, comme Yoyes, qui avaient quitté ETA après l’avènement de la démocratie.

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 21:03
Pas tibulaire, mais presque aurait dit Coluche !

Pas tibulaire, mais presque aurait dit Coluche !

Un certain César Strawberry, de son vrai nom, César Montaña Lehmann, vient d’être condamné à un an de prison pour des touittes où, entre autres, il se moquait de l’envol de Carrerro Blanco, en décembre 1973. Souvenir d’une triste manif, dans la froideur d’une soirée au ciel plombé de début  mars 1974 où, bras dessus bras dessous, nous sautions en scandant « Hop, hop, hop, Franco, plus haut que Carrero ». Ironie de l’histoire, j'étais à côté d'une militante du Sgen-CFDT qui portait ce nom, Franco, fille d’un réfugié républicain en France.

"Franco plus haut que Carrero"

Pour les moins de 50 ans, qui n’ont, au mieux, entendu parler de Franco que dans leurs cours d’Histoire, précisons que l’Amiral Carrero Blanco fut un des derniers premiers ministres de Franco, dictateur vieillissant, choisi par lui pour assurer la continuité du régime dictatorial, national-catholique. Mais le 20 décembre 1973, au retour de la messe, sa voiture sauta, passant au-dessus des toits d’un couvent de jésuites, après l’explosion d’une charge de dynamite placée sous la chaussée.  

Quelques mois plus tard, le 2 mars 1974, Franco faisait garroter Salvador Puig i Antich (25 ans), jeune anarchiste catalan, jugé coupable du meurtre d’un garde civil. Notre nocturne et glaciale manif, de Bastille à République ou l’inverse, protestait contre cette exécution barbare.

C'était en 2013 !

C'était en 2013 !

Donc notre César « Fraise » - pourquoi ce pseudo  anglo-saxon de Strawberry ? – rappeur de son état, a commis, entre novembre 2013 et janvier 2014, quelques touittes du style "Beaucoup devraient suivre l’envol de Carrero Blanco" ou, à propos de l’anniversaire du roi, lui souhaitant une "bombe glacée" pour fêter ça ; moins finaud, de mon point de vue, une allusion à la séquestration pendant plus de 500 jours d’un cadre de l’administration pénitentiaire par l’ETA, quand cette organisation sévissait après la mort de Franco.

Je ne sais ce que vaut la production artistique de ce César et de son groupe Def con Dos. Comme, pour moi, le rap est à la poésie ou même à la chanson, ce que les romans de Houellebecq sont à la littérature et les pavés d’Onfray à la philosophie, je n’ai pas sollicité d’éminents hispanistes de ma connaissance pour m’en traduire des échantillons.

"Franco plus haut que Carrero"

Mais ce qui ressort de ce que j’ai pu comprendre, c’est que, dans un premier temps, le tribunal avait classé l’affaire, estimant qu’elle relevait de l’ironie et du sarcasme. Mais, en deuxième instance, il est condamné pour apologie du terrorisme et mépris des victimes ! Et les plaisanteries sur Carrero Blanco, disciple de Franco, sont clairement visées.

Tout cela grâce à une législation antiterroriste (article 578 du Code pénal espagnol). Et au moment même où les nostalgiques du franquisme multiplient les provocations. On voit à quelles dérives peuvent, aux mains de juges particulièrement réactionnaires, conduire ces législations d’exception.

 

N.B. Le supplément Idées du Monde daté du 4 février consacre une page à cette affaire.

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