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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 16:50


C’est ma période italienne : après avoir relu Le Guépard et avant de me plonger dans les deux derniers Camilleri, j’ai dévoré Les deux vieilles filles. Ce texte étonnant de Tommaso Landolfi (1908-1979) , dandy, joueur impénitent et antifasciste avait été publié dans IL MUNDO en 1945 mais il vient juste d’être traduit en français.

 

C’est dans une ville italienne à la localisation imprécise (comme pour mieux en souligner le manque d’intérêt) où les seuls espaces verts sont les jardins bien clos des innombrables couvents et où le modernisme n’inspire que méfiance que se déroule Les deux vieilles filles. Ces quinquagénaires qui possèdent à la campagne des biens qu’elles surveillent jalousement vivent dans une sévère maison bourgeoise en compagnie d’une mère hypocondriaque à l’autorité hargneuse et d’une servante qui « s’était, sans s’en apercevoir, modelée à leur image ». Leurs liens sociaux, assez réduits, sont empreints d’hypocrisie, de pingrerie et de bigoterie.

Le décès de la douairière aurait pu leur ouvrir un espace de liberté mais c’est un de leurs « familiers » (je n’apporterai pas d’autres précisions pour préserver l’effet de surprise) qui secouera cette médiocrité figée en commettant un sacrilège (croustillant !). Pour éviter le scandale, elles s’en remettent discrètement au jugement du clergé, ce qui nous vaut une dispute théologique surréaliste entre un monsignore bouffi de condescendance, bardé de certitudes bafouillantes et un jeune abbé timide qui défend avec fougue -mais maladresse- la cause du bon sens et qui passera finalement pour fou. Il y aura finalement bien une victime expiatoire.

 

Le récit est conté dans un style précieux, un peu suranné, qui s’adapte parfaitement au contexte mais avec des inflexions sarcastiques qui traduisent la distance entre l’auteur-narrateur et les protagonistes. Ce petit livre d’à peine cent pages est un réquisitoire efficace contre les autoritarismes, notamment religieux ; il secoue la poussière (c’est un terme récurrent dans l’ouvrage) des conformismes et du dogmatisme : au sortir d’une période historique qui les imposait, c’était une entreprise salutaire. Mais en sommes-nous vraiment débarrassés aujourd’hui ? …

 

Je vous recommande chaudement ce petit bijou captivant qui se lit d’une traite. Idéal pour se remettre d’un gros pavé.

 

 

 

Les deux vieilles filles (Tommaso Landolfi aux Editions Allia 6,10€)

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Publié par JFL J.-F. Launay - dans MLF
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Raphaël Zacharie de IZARRA 10/09/2010 00:08


LES VIEILLES FILLES

J'aime les vieilles filles. Et lorsqu'elles sont laides, c'est encore mieux.

Les vieilles filles laides, acariâtre, bigotes ont les charmes baroques et amers des bières irlandaises. Ces amantes sauvages sont des crabes difficiles à consommer : il faut savoir se frayer un
chemin âpre et divin entre leurs pinces osseuses. Quand les vieilles filles sourient, elles grimacent. Quand elles prient, elles blasphèment. Quand elles aiment, elles maudissent. Leurs plaisirs
sont une soupe vengeresse qui les maintient en vie. Elles raffolent de leur potage de fiel et d'épines. Tantôt glacé, tantôt brûlant, elles avalent d'un trait leur bol de passions fermentées. Les
vieilles filles sont perverses. C'est leur jardin secret à elles, bien que nul n'ignore leurs vices.

Les vieilles filles sont des amantes recherchées : les esthètes savent apprécier ces sorcières d'alcôve. Comme des champignons vénéneux, elles anesthésient les coeurs, enchantent les pensées,
remuent les âmes, troublent les sangs. Leur poison est un régal pour le sybarite.

L'hypocrisie, c'est leur vertu. La médisance leur tient lieu de bénédiction. La méchanceté est leur coquetterie. Le mensonge, c'est leur parole donnée. Elles ne rateraient pour rien au monde une
messe, leur cher curé étant leur pire ennemi. Le Diable n'est jamais loin d'elles, qui prend les traits de leur jolie voisine de palier, du simple passant ou de l'authentique Vertu (celle qui les
effraie tant). Elles épient le monde derrière leurs petits carreaux impeccablement lustrés. Elles adorent les enfants, se délectant à l'idée d'étouffer leurs rires. Mais surtout, elles ne résistent
pas à leur péché mignon : faire la conversation avec les belles femmes. Vengeance subtile que de s'afficher en flatteuses compagnies tout en se sachant fielleuses, sèches, austères... C'est
qu'elles portent le chignon comme une couronne : là éclate leur orgueil de frustrées.

Oui, j'aime les vieilles filles laides et méchantes. A l'opposé des belles femmes heureuses et épanouies, les vieilles filles laides et méchantes portent en elles des rêves désespérés, et leurs
cauchemars ressemblent à des cris de chouette dans la nuit. Trésors dérisoires et magnifiques, à la mesure de leur infinie détresse. Contrairement aux femmes belles et heureuses, elles ont bien
plus de raisons de m'aimer et de me haïr, de m'adorer et de me maudire, de lire et de relire ces mots en forme d'hommage, inlassablement, désespérément, infiniment.

Raphaël Zacharie de IZARRA


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