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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 17:06
Joséphine Baker

Pour quelle raison, Gérard et moi avions choisi « J'ai deux amours »,  comme signe de reconnaissance aux bains-douches municipaux  de notre bled angevin, je suis bien incapable de le dire.

A cette époque lointaine - je vous parle d'un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître - l'eau n'était courante dans de nombreuses demeures que si on se hâtait pour porter le broc ou le seau de la pompe ou du puits à la maison... La toilette journalière se réduisait à peu. Mais chaque fin de semaine, dès que nous n'étions plus en âge d'être lavés en grand dans la lessiveuse, nous allions, avec serviette, savonnette et dose de Dop pour le shampoing, à ces bains-douches où chacun avait droit à 30' pour un bain, 20' pour une douche.

Mon ami Gérard et moi avions convenu de siffler, cette fameuse chanson de Scotto, interprétée par celle qui fut baptisée la Vénus noire.  Il nous arrivait même, quand un sifflotement avait reçu un écho, de chanter pour de bon, à peu près juste pour Gérard, complètement faux pour moi, mais très fort pour les deux, ce qui ne manquait pas de provoquer l'ire du gérant ! Inutile de dire que les paroles - j'ai deux amours mon pays et Paris... - n'avait guère de signification pour nous. Je ne sais si Gérard, à l'époque, avait découvert Paris. Ayant une grand-mère parisienne, j'avais un vague souvenir d'un passage au Boulevard Davout, au 78 si je ne me trompe, mais rien qui puisse justifier d'entonner cette chanson.

Joséphine Baker

De son interprète, nous ignorions évidemment son arrivée dans les années vingt où, ceinte d'un régime de bananes, elle allait faire scandale dans la Revue nègre !  Et, pour autant - hypothèse peu probable - que nos pères aient eu entre les mains quelques images de la Vénus noire posant nue pour Paul Colin, les revues étaient bien cachées dans l'enfer de leur bibliothèque, hors de notre portée. Quant aux accusations postérieures de racisme, à cette époque où l'empire colonial faisait encore la gloire d'une France, pourtant affaiblie par les années de guerre, où la publicité Banania fleurissait sur les murs, elles nous auraient été incompréhensibles. Et Joséphine Baker, née à Saint-Louis, ayant subi l'apartheid états-unien de l'époque, arrivant à Paris en 1925, y ressentait une impression de liberté. Et n'hésitait pas à se produire aux expositions coloniales.

Joséphine Baker

Elle inspira de magnifiques affiches (Paul Colin encore, et d'autres) dans ces lointaines années où elle incarnait la sauvage spontanéité (elle eut sur scène pour partenaire un vrai jaguar). Mais passée de la « revue » à la chanson via l'opérette, elle se retrouva agent secret  en France occupée, puis engagée volontaire, terminant la guerre comme lieutenant.

Joséphine Baker

Quand nous sifflotions sa chanson fétiche, elle avait déjà dû épouser un chef d'orchestre au nom cocasse pour les gamins que nous étions, Jo Bouillon, et s'être lancée dans la construction d'une famille arc en ciel en adoptant une douzaine d'enfants de tout horizon, qu'elle ramenait de ses tournées, comme on rapporte un souvenir. Faut-il dire, mais là je ne parle que pour moi, que la fin de sa vie, où, victime d'escrocs et de sa totale incompétence financière, elle perdit le domaine où elle avait élevé ses enfants adoptés, où elle fut aidée par Grace de Monaco, où elle mourut enfin d'une attaque cérébrale au lendemain d'une ultime représentation, m'avait totalement échappé.

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commentaires

ti suisse 23/07/2017 12:28

" (...) je dirais qu'il fait de plus en plus noir à Paris. D'ici peu, il fera tellement noir qu'on craquera une allumette, puis on en craquera une autre pour voir si la première est allumée ou non." (Paul Colin, Tumulte Noir, préfaces de Rip et Josephine Baker, Paris, éditions d'Art Succès, 1927.).

ti suisse 23/07/2017 12:26

excellent.. Merci ! pour cette ballade dans le siècle précédent, culturelle et colorée, résistante et dénudée (etc.) où l'on rencontre, aussi, de Gaulle et Mick Jagger,

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