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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 16:12
L'opéra de Vigata (MLF 3)

 

Andrea Camilleri est un écrivain atypique : il ne s'est lancé dans la littérature romanesque qu'au seuil du 3ème âge et son succès fulgurant a alors vite dépassé les frontières de l'Italie. Auteur prolifique, il exploite deux sources d'inspiration :

 

  • - l'une contemporaine, avec les enquêtes du commissaire Montalbano dont le patronyme est un hommage à Manuel Vazquez Montalban  et qui partage avec Pepe Carvalho le goût de l'authentique bonne chère ;
  • - l'autre, « historique ».

 

 

Le prétexte en est souvent un fait divers sicilien et c'est le cas de L'Opéra de Vigata.

L'action se  déroule vers 1875 dans ce petit port imaginaire, cadre de la plupart des romans du Sicilien Camilleri. Nous sommes juste après l'Unité Italienne et le nouveau préfet représentant de l'autorité centrale, de facto suspect aux yeux de la sourcilleuse population locale, florentin de surcroît, décide, pour l'inauguration du « thiâtre » de Vigata, par pur caprice personnel (on verra ensuite à quel point il était dérisoire) et en dépit de l'opposition des Vigatais, d'y faire représenter un opéra d'origine incertaine. L'obstination du représentant de l'Etat, qui n'hésite pas à composer avec le mafieux local et à faire pression sur les notables (la conférence du proviseur, fin soûl, est grandiose !) conduira à une représentation ubuesque puis à l'incendie pas précisément accidentel du théâtre.

Cette trame est le prétexte à une étude corrosive de la société sicilienne de l'époque où s'enchevêtrent les haines politiques, les passions amoureuses, les tensions sociales, les règlements de comptes de tous ordres... La construction du roman souligne ce désordre ambiant  et Camilleri glisse malicieusement, en fin de sommaire « en fait, chaque lecteur peut établir sa propre séquence personnelle ». Pourtant la succession volontairement déstructurée des chapitres ne gêne en rien la lecture rendue encore plus savoureuse par des dialogues où s'entremêlent les parlers sicilien, toscan, romain, milanais auxquels s'ajoute l'accent teuton de l'ingénieur , inventeur d'un engin ... de lutte contre les incendies ! Bravo au traducteur dont la note préliminaire, pleine d'humour, est particulièrement instructive.

En associant truculence (et on rit beaucoup) et tragique (mais le rire n'est jamais loin même quand on y assassine) Camilleri a réussi là un roman époustouflant dont enfin les têtes de chapitres (à l'exclusion du dernier intitulé « Chapitre Premier », encore une facétie de l'auteur) constituent un clin d'œil d'expert à la littérature contemporaine.

L'opéra de Vigata Andrea Camilleri Seui, collection Points 874
MLF (Mes Livres Favoris)

 

 

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