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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 20:31
WOERTH : un innocent aux mains pleines

Woerth recevant une ovation au congrès fondateur des Ripoublicains, quoi de plus normal ? Car derrière les titres de la presse de droite sur Woerth « blanchi » après le procès Bettencourt et ses vibrantes déclarations sur son honneur retrouvé, il faut rappeler que « la lecture (…) du jugement (…) est cependant de nature à refroidir son enthousiasme, le tribunal n’a visiblement pas cru un mot de sa version mais n’a pas trouvé suffisamment d’éléments probants pour le condamner. » comme le souligne F. Johannès.

Faut-il rappeler qu’au tout début de l’histoire quand, de privée, elle a pris un tour politique avec l’apparition des écoutes du Maître d’hôtel, Eric Woerth prétendait ne pas connaître de Maistre, enfin à peine, une vague relation ? Mais comme le rappelait L’Humanité, dans les enregistrements clandestins, réalisés par le majordome, le gestionnaire de fortune de Maistre évoque, s’adressant à Madame Bettencourt, son « ami Éric Woerth », un homme « très sympathique » qui « en plus s’occupe de vos impôts »*.

   Quelques semaines après leurs premiers rendez-vous, le 12 mars 2007, Éric Woerth envoie, sur du papier à en-tête de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, et en tant que « trésorier », un courrier informant du « souhait » de Patrice de Maistre de se voir « décoré de la Légion d’honneur ». Une note manuscrite montre qu’il ne s’agit pas d’un courrier standard : « Ce serait bien daccéder à cette demande. Je ten reparle. » Le 15 mars 2007, Patrice de Maistre rencontre Florence Woerth, banquière spécialisée dans la gestion de patrimoine. En juillet, le gestionnaire de fortune est élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur. En septembre, Florence Woerth sera embauchée chez Clymène, société de gestion de la fortune de Mme Bettencourt, à un salaire nettement supérieur (140 000 euros de fixe, 60 000 euros de bonus et une voiture de fonction) à celui affiché par le cabinet chargé, au départ, du recrutement.

Atypique ? vous avez dit atypique ?

Sur cette accusation de « trafic d’influence », les juges stigmatisent tout à la fois l’embauche « totalement atypique » de Florence Woerth au service de Liliane Bettencourt et la procédure de remise de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre. « Il est établi qu’Eric Woerth est bien à l’initiative de la demande de légion d’honneur pour Patrice de Maistre, dans des conditions totalement atypiques ». Woerth « a profité de sa qualité de trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy pour favoriser l’obtention de la légion d’honneur par Patrice de Maistre » et il est intervenu « non pas en sa qualité de député de l’Oise et en raison de la carrière de Patrice de Maistre mais bien en raison de l’attitude de ce dernier pendant la campagne ».

Mais même « s’il est certain qu’il peut exister un intérêt personnel pour Patrice de Maistre de recruter Florence Woerth », la femme du ministre, dans le but de lui « rendre service », « il n’est pas démontré l’existence d’un pacte de corruption dont la contrepartie serait l’emploi de Florence Woerth ».

Comme quoi, dans certains cas, le doute, si mince soit-il, peut profiter à l’accusé.

Concomitance n’est pas causalité

Comment a-t-on pu oser soupçonner le distingué Eric Woerth d’abus de faiblesse ?

A vrai dire personne, mais en revanche d’avoir contribué – c’est le mot – au financement illicite de la campagne électorale de Sarkozy dont il était le trésorier, si ! Mais, ouf ! la Justice dit qu’il n’en est rien.

Quoique… « Il existe donc une forte suspicion de remise d'argent des fonds Bettencourt » ont conclu les juges.

 

"Il ressort des agendas saisis qu'une rencontre est intervenue entre Eric Woerth et Patrice de Maistre le 13 septembre 2006 (…) pour présenter les maximas légaux pour le financement par un particulier d'un parti politique. Il est pour le moins étrange que Patrice de Maistre ait eu besoin de rencontrer le trésorier de l'UMP en personne pour recueillir cette information qu'il était loisible de trouver sur un site internet". Ils écrivent aussi qu' "il est constant que les deux rencontres entre Patrice de Maistre et Eric Woerth, à une période où ce dernier était très occupé par l'organisation de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, sont intervenues [à des dates] qui peuvent corroborer les déclarations de Claire Thibout**". La comptable de Liliane Bettencourt a toujours soutenu que Patrice Maistre lui avait réclamé, en 2007, 150 000 euros pour Eric Woerth, elle ne lui en avait remis que 50 000 euros dans une enveloppe kraft. L’homme de confiance de la vieille dame en avait ajouté 100 000 en lui disant, « comme quoi, c’est bien pratique d’avoir des comptes en Suisse ». "Il existe donc une forte suspicion de remise d'argent des fonds Bettencourt sans que la démonstration de la remise ne soit totalement acquise. Il importe peu que la destination finale des sommes remises ne soit pas en l'état connue. Il n'est pas démontré qu'Eric Woerth avait connaissance de l'origine illicite de cette somme ou de ces sommes." "Si la juridiction voulait retenir le délit d'abus de faiblesse, il faudrait démontrer la connaissance par Eric Woerth de la particulière vulnérabilité de Liliane Bettencourt. [Or,] il est nullement rapporté qu'il l'ait rencontrée avant janvier 2008 (…) Ainsi, il n'est pas démontré qu'Eric Woerth a eu connaissance de l'état de particulière vulnérabilité de l'intéressée".

Les juges soulignent par ailleurs qu'il n'est pas possible de retenir le délit de recel de blanchiment de fraude fiscale. La bonne qualification, si délit il y a, serait "recel de financement illicite de parti politique". Car le tribunal a « la conviction de la réalité de cette remise d’argent à Patrice de Maistre » et estime qu’« une telle opération financière est contraire au financement légal d’une campagne électorale ». Mais l’ancien ministre du budget a obtenu un non-lieu définitif en 2013 sur le financement illicite de parti politique.

"Dès lors, envisager une telle requalification n'est pas juridiquement possible".

On constate que le blanchiment relève d’un léger ravalement et qu’il y a très peu de justiciables qui, accablés d’un tel faisceau d’indices concordants, s’en seraient tirés à si bon compte. Un jugement atypique donc où la défense a pu faire valoir que concomitance(s) n’est pas synonyme de causalité et où la présomption d’innocence, faute de preuve formelle absolue, a été scrupuleusement respectée.

 

 

* Assez bien d’ailleurs, puisque Bercy ne faisait pas preuve d’un acharnement fiscal à l’encontre de l’héritière de l’Oréal. Héritière qui possédait un compte à Genève avec 12 ou 13 millions d’euros et un deuxième à Vevey avec 65 millions. Les enregistrements clandestins de l’ancien majordome de Mme Bettencourt montrent que ces deux comptes n’ont pas été déclarés au fisc et que son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre en aurait transféré une partie hors de Suisse en raison des pressions de la France sur la Suisse pour lever le secret bancaire. Enfin, La Tribune de Genève cite une source anonyme qui évoque un troisième compte.

 

** Claire Thibout, la comptable, qui, heureux hasard, a fait elle-même l’objet d’une mise en examen par un juge d’instruction que Sarkozy ne soupçonnera pas d’être un juge rouge !

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