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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 17:22

Référendum grec : victoire de la démocratie ?

Grèce : Niké ?

Un référendum bâclé en un peu plus d’une semaine, où l’on pouvait parodier Woody Alen – La réponse est non, mais quelle est la question ? – et dont le résultat ne semble déboucher sur rien, sinon le risque du pire : une victoire de la démocratie ?

Un peu de politique fiction

 

Comme chacun sait – lui au moins en est persuadé – Sarkozy a sauvé la planète en danger au moment de la fameuse crise des subprimes. Imaginons donc qu’au lendemain d’un sommet économique style G7, le vibrionnaire président, épaule toute frétillante, annonce un mercredi, pour le dimanche en huit, un référendum sur la régulation du système financier et la lutte contre les paradis fiscaux , avec bulletin de vote unique où le oui est en haut pour qu’on sache bien quelle case cocher.

Pire encore, imaginons qu’au lendemain des attentats de janvier, poussé par Valls, dans la foulée de la grande manif, sous prétexte de mieux souder encore l’unité nationale face à la menace de l’islamisme, Hollande lance pour le dimanche d’après un référendum avec une question suffisamment bien ficelée  pour la sécurité de la liberté d’expression afin de bloquer les critiques de la droite et désarmer celles de la gauche d’opposition.

 

Dans ces deux cas aurions-nous dû nous féliciter de la parole donnée au peuple ? de la victoire de la démocratie ? S’agissant de la consultation grecque de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, c’est l’extase. Le peuple grec s’est exprimé ! Pour dire quoi ? c’est une autre paire de manches. Chacun y va de son interprétation.

Grèce : Niké ?

Une opération de politique intérieure avant tout ?

 

Faut-il rappeler que SYRIZA est une sorte de super front de gauche, son sigle veut d’ailleurs dire coalition de la gauche radicale, et qu’il regroupe des eurocommunistes, des socialistes de diverses chapelles, des écolos, des trotskystes, même des maoïstes… et une large partie d’entre eux eurosceptiques ? Il a gagné la majorité avec 36 % des voix (un peu comme aux élections municipales ou régionales en France, il y a une prime au parti arrivé en tête d’élections à la proportionnelle).

La décision soudaine, brutale, d’Alexis Tsipras, annoncée en pleine nuit, le 24 juin, alors que la vraie négociation s’amorçait, est sans doute d’abord due à la certitude que tout accord serait rejeté par une partie de Syriza.

 

Le référendum, dans son ambiguïté même, permettait à Tsipras de squeezer ses eurosceptiques qui ne visent qu’à quitter l’euro, voire l’Europe. Fort de ce quasi plébiscite, s’il obtient des concessions nouvelles, il pourra faire rentrer dans le rang ses frondeurs.

Le largage immédiat de Varouflakis qui, au lieu de mettre de l’huile dans les rouages de la négociation, en mettait sur le feu de la dissension, pourrait conforter cette hypothèse.

Mais le but était aussi et peut-être surtout, de pouvoir imposer c’est le cas de le dire à la puissante église orthodoxe d’apporter sa contribution*, imposer aussi à une armée au vieux fond putschiste des coupes nettes dans un budget exorbitant.

Donc de se donner des billes dans la reprise des négociations.

" Le référendum

a renforcé Tsipras

et il sera plus fort

pour imposer

une discipline

au sein de son parti."

 

ELIAS NIKOLAKOPOULOS

politologue

(Le monde 10/07/15)

Grèce : Niké ?

La crise grecque vue par El Jueves, journal satirique espagnol

Un rapport de forces amélioré ?

 

Paradoxalement, si amélioration il y a, elle vient plus de DSK suivi en fait par le FMI qui, comme son ex-directeur, en vient à dire qu’il faudra bien concéder une forte remise de la dette. Générosité facile puisque la part du FMI dans la dette grecque est d’à peine 10%. Mais cette analyse pour tardive qu’elle soit devrait permettre de mettre les vraies questions sur la table.

 

Sauf que cette remise n’aura de sens que si la Grèce n’est plus obligée de vivre sous perfusions perpétuelles. Car pour le moment, les exigences de la vilaine, affreuse, horrible troïka, sont assez vaines. À quoi sert, par exemple d’augmenter la TVA quand tout se règle au noir ? D’essayer d’imposer l’église orthodoxe, le plus gros propriétaire foncier, quand il n’y a pas de cadastre, etc.

Tiré d'El Jueves : la troïka avale la Grèce

Tiré d'El Jueves : la troïka avale la Grèce

Et à court terme, il faut bien arriver à un accord, donc à un compromis. Et si Tsipras avait de bonnes raisons de penser qu’il n’aurait plus de majorité parlementaire pour accepter un accord, Merkel a exactement les mêmes mais inverses. Il faudra à Hollande déployer tout son art de la synthèse pour arriver à un texte acceptable par le Bundestag tout en permettant à Tsipras d’afficher une nette avancée, fruit du référendum.

 

Pour le moment, la stratégie grecque reste opaque.

Si le but est bien de rester dans l’euro, Tsipras fait un pari risqué en tablant sur la volonté de ses partenaires de maintenir à tout prix la Grèce dans la zone euro, pour arracher, in extremis, le meilleur accord possible.

Si le but réel est le fameux Grexit, la sortie de l’euro, en s’efforçant de faire porter la responsabilité à l’Allemagne, il joue un jeu perdant-perdant.

Grèce : Niké ?

L’Europe y perdra bien sûr de sa crédibilité et sans doute aussi une large partie de ses prêts.

Mais pour les Grecs l’embellie possible sera de courte durée avec les restrictions fautes de devises pour importer, le cycle inflation-dévaluation, les tentations totalitaires contre l’ennemi intérieur (voir le Venezuela)...

 

Tsipras a-t-il l’étoffe d’un homme d’état ? ou bien lui et ses ministres ne sont-ils qu’une équipe d’amateurs engoncés dans un fatras idéologique à la Badiou ?

Telle est finalement la question.

 

* Pour les armateurs, leur chantage à la délocalisation semble les rendre intouchables.

 

NB Le 1er dessin et celui des danseurs sont l'oeuvre de Michel Kichka dessinateur de presse israelien.

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