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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 15:51

Manuel Valls, après avoir invité Besson, ministre de l'expulsion nationale nous refait le coup de la condamnation de la sarkophobie. Anti-sarkozyste primaire, viscéral, pavlovien et tout ce que vous voudrez, je me contente de citer cet article déjà lointain d'El Païs, grand journal de centre gauche espagnol.


« Les Français ont un problème. Ils croyaient avoir un super président, un hyper­ dirigeant capable de les sortir de la dépression et de la décadence, et voilà qu’ils ont écopé d’un président comme ils en ont déjà connu beaucoup d’autres : à savoir malade, limité, qu’il faut dorloter et protéger tout en s’organisant pour que la France tourne et que le gouvernement et les institutions fassent leur devoir. La situation n’a rien d’inédit : Pompidou et Mitterrand étaient déjà des présidents malades et diminués. Le premier est même mort avant la fin de son mandat. Quant à Chirac, il fut un obstacle paralysant pendant une bonne partie de sa présidence. La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s’il en est : l’ego. Celui du président est d’évidence atteint d’une hypertrophie probablement incurable.
[…] Le parti du chef de l’Etat est divisé à cause de tensions qu’il a lui-même créées. Le traitement qu’il a infligé en public aux uns et aux autres, y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne du comportement d’un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais. Même son actuelle impopularité est extravagante : elle ne s’explique pas par un train de réformes puisque ces dernières sont encore largement inappliquées. Elle s’explique uniquement par son comportement public.


Un triomphe de sultan, seigneur en son sérail

Le trône qu’occupe Nicolas Sarkozy a été imaginé par de Gaulle pour lui permettre d’être le troisième larron d’un monde bipolaire. Le président français voulait être un fier contrepoids occidental dans l’affrontement entre Washington et Moscou. Or Sarkozy, arrière-petit-fils libéral et proaméricain de De Gaulle (après le petit-fils, Chirac, et le fils, Pompidou), s’est installé sur le trône élyséen porté par son ambition personnelle et sa conception égotique de la présidence : il a par le fait encore accru les pouvoirs de la présidence. Et, une fois parvenu à ses fins, il s’est consacré à lui-même, comme un ado narcissique obnubilé par ses sentiments et ses plaisirs. Certes, le pouvoir peut en apporter beaucoup, mais la prudence conseille de ne pas trop en faire étalage. Sarkozy le téméraire fait tout le contraire et se vautre dans l’exhibitionnisme.
C’est sur trois points précis qu’est venu se briser le personnage : l’économie, qui n’a pas enregistré la moindre amélioration depuis son arrivée ; son idéologie plus néocons, voire “théocons”, que gaulliste – en témoignent des prises de position sur la laïcité contraires à la culture de la République ; et sa vie privée, étalée dans les médias. En monarque thaumaturge qui par une simple imposition des mains devait augmenter le pouvoir d’achat, il a échoué au point de prononcer la formule maudite qui rompt les sortilèges : “Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?” En monarque philosophe, il a manifesté les plus fortes réserves vis-à-vis des traditions républicaines, en exprimant avec désinvolture son affinité intellectuelle avec le pape. Il n’a pleinement triomphé que dans le rôle de sultan, seigneur en son sérail, paré des atours qui passionnent un certain public – et manifestement aussi ses pairs. Le voilà fasciné par son propre pouvoir de séduction, son goût exquis et sa désinvolture. Mais ce triomphe-là a le don de déprimer beaucoup de Français car il rabaisse la République au niveau de la principauté de Monaco. »
 
 
Lluís Bassets
El País Février 2008

Illustration tirée de la "newsletter" de Charlie-Hebdo+un montage à partir de "tropicalboy"

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Publié par JFL J.-F. Launay - dans humeur
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walkmindz 16/04/2009 20:00

Chichi show

Faire un best off des échecs de l’ancien président de la République relèverait plus du règlement de compte enfantin – peut-être justifié – que de l’explication mécanique responsabilisante. Il n’y a rien de pire qu’un fanatique déçu.
La postérité change et je ne suis pas sûr que la nouvelle mort des ex-grands de ce monde nous procure ces compléments d’information en forme d’exutoire ou un quelconque rétroviseur sur une époque révolue.
Ce qui est intéressant avec Jacques Chirac se sont ses satellites ou plutôt comment il a mené de paire une gestion managériale des appareils et des hommes et sa gestion familiale du dogme et du souvenir, sans jamais être acteur.
La grâce mémorielle en temps réel accordée par les sondés, ou les muets, permet à la popularité de devenir la complémentaire retraire de l’égo présidentiel.
Concernant ce qu’il restera de l’action politique d’un homme, au regard de l’histoire, Jacques Chirac a servi de lien entre la figure et la figurine.
La suite :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/10/notice-avant-utilisation-–-post-jacques-chirac/

J.-F. Launay 16/04/2009 21:56


Sauf erreur il est plutôt question de notre nombril sur talonnettes que de Chirac dans l'article d'El Pais.
Mais bon, tout est prétexte à se faire de la pub !


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