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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 21:32
Ecoles : Polémique sur une enquête de victimisation

Panique dans nos écoles : un directeur sur deux agressé par des parents d’élèves. Une enquête de Georges Fotinos connaît un bouze imprévu autant que suspect. Retour de manivelle, l’enquêteur sera victime à son tour des donneurs de leçons.

 

  G. Fotinos, sous l’égide de la CASDEN, avec l’accord et le soutien des trois principaux syndicats du primaire (FSU, CFDT, UNSA) et de plusieurs mouvements pédagogiques a lancé une enquête auprès des directeurs et enseignants du primaire. Sur les 73 questions, 11 portaient sur les « conflits, différends avec les parents et les agressions commises par ces derniers sur les directeurs : la nature des différends (orientation, affectation, punitions, sanctions, résultats scolaires, surveillance), et la victimation (coups, harcèlement, menaces et insultes). ». Malgré l’écho donné à cette enquête par les syndicats, associations, sites pédagogiques la récolte côté enseignants fut maigre : 3 917 réponses ont été enregistrées, mais avec seulement 10% d’enseignants. Seules donc les réponses des directeurs furent retenues : 3320 réponses ont été validées sur 52000 directeurs.

Ecoles : Polémique sur une enquête de victimisation

Bien que le terme d’agression n’apparaisse pas dans le questionnaire, dans sa synthèse, G. Fotinos l’emploie. 1 directeur sur 2 déclare donc avoir subi au moins une agression au cours de l’année ou plutôt avoir coché sur le questionnaire une ou plusieurs des quatre cases. Ce qui se traduit dans les titres par « 1 directeur sur 2 agressé par un parent d’élève ».

 

Légitime colère du grand donneur de leçons, Schneidermann qui pourfend l'ex-inspecteur général de l'Education (et ex-conseiller du ministre-chasseur de sauvageons Chevènement) Georges Fotinos, dont l’enquête, a été soutenue par la CASDEN, la banque des profs (à noter d'ailleurs que le marché de l'assurance contre les agressions explose chez les profs. A vous d'établir un rapport entre les deux faits). Outre que Schneidermann ne lit même pas les articles sur lesquels il met un lien – il saurait ainsi que Fotinos n’a été que chargé de mission et non I.G. – selon sa méthode habituelle il glisse de belles saloperies calomnieuses*. Certes G. Fotinos fut chargé de mission du temps de Chevènement, mais (déjà) sur les rythmes scolaires : il prônait le rythme 7 semaines de classes, 2 semaines de congés. Certes la CASDEN (son C veut dire Coopérative) est non pas la banque des profs, mais une banque fondée par des enseignants pour les enseignants et affiliée aux Banques populaires, mais elle laisse le rôle d’assureur à la MAIF, en liaison sur ces problèmes avec l’Autonome de solidarité qui défend les enseignants dans leur vie professionnelle.

 

Plus intéressante est la critique des journalistes du Monde. Ils s’interrogent sur la qualité de l’échantillon. « L’échantillon est à peu près représentatif (répartition maternelle/élémentaire, poids de l’éducation prioritaire, pyramide des âges). Les hommes sont, en revanche, surreprésentés (33,2% des répondants pour un poids réel de 26,8%).(…) Ce qui n’est jamais dit, étrangement, c’est le nombre total de directeurs d’école en France (autour de 52 000). Le taux de réponse est donc d’à peu près 6%. Ignorée, également, la notion de représentativité géographique : le questionnaire est tellement anonyme qu’il ne contient aucune question sur l’origine géographique du répondant. »

Ecoles : Polémique sur une enquête de victimisation
Ecoles : Polémique sur une enquête de victimisation

   Georges Fotinos, lui-même s’est défendu, notamment à la Nouvelle édition (Canal +) : "Il faut relativiser l’importance de ces chiffres, la fréquence annuelle de ces agressions est faible, et l’accumulation peut s’être produite à propos d’un même incident. D’autre part, nous sommes dans le domaine du ressenti émotionnel". Il n’en reste pas moins que sa présentation est sujette à caution : "Le premier constat nous indique que les directeurs se déclarent victimes des parents sur trois types d’agression proposés (harcèlement, insultes, menaces) dans des proportions qui peuvent inquiéter." Il oublie là d’indiquer qu’il ne « se déclarent » pas, mais cochent des cases du questionnaire, ce qui n’est peut-être pas pareil. "Le harcèlement est l’agression la plus fréquemment déclarée (4 directeurs sur 10) suivi des menaces et des insultes (1 directeur sur 10). Le second que met en évidence « la victimation répétée » est qu’1 directeur sur 2 déclare avoir subi au moins une agression au cours de l’année (dont 1 sur 5 de deux natures différentes et d’1 sur 10 de trois natures différentes)."

Ecoles : Polémique sur une enquête de victimisation

Et la polarisation sur ces prétendues agressions a laissé dans l’ombre d’autres aspects de l’enquête, plus révélateurs de la dégradation des rapports école-famille. « Près de 6 directeurs sur 10 pensent que les parents ne savent pas ce qu’il faut faire pour aider leurs enfants à la maison et 1 sur 2 indique que ces mêmes parents n’inculquent pas à leurs enfants les valeurs républicaines de l’école. Ces résultats sont inquiétants car ils sont la marque d’un doute sur la capacité d’aide des familles mais aussi d’une défiance construite ici sur le reproche de ne plus être le relais de la transmission des valeurs du "vivre ensemble" de "l’école libératrice" et du sens de la "laïcité" ».

Ecoles : Polémique sur une enquête de victimisation

Mais paradoxalement, en 2013, par rapport à une enquête de 2004, le constat est que 6 directeurs sur 10 déclarent que le climat de leur école est bon ou excellent et 9 sur 10, satisfaisant ou plus. En neuf ans, on note une nette amélioration générale : plus de 13 points sur le registre «excellent/bon», 10 points sur celui de «satisfaisant et plus» et une baisse importante (–10 points) sur le registre moyen/médiocre/exécrable.

 

Mais là aucun gros titre, aucune émission et pas de Schneidermann pour laisser la parole à l’accusé, coupable forcément coupable, Fotinos !

 

 

* Procédé classique de Schneidermann, l'insinuation diffamatoire : ainsi, au lieu de discuter du bien fondé d'un projet de transformation de l'Avenue Foch, il s'en prenait à la personne, Rozenblat, qui lançait ce projet. Ici, ce n'est pas le travail de Fotinos, qu'il n'a visiblement pas lu, qui est analysé, mais sa personne même qui est sournoisement mise en cause : disciple de Chevénement il dénoncerait encore les "sauvageons" devenus parents ; financé par la CASDEN, il chercherait, en noircissant le tableau, à faire vendre de l'assurance aux enseignants. L'attaque ad hominem économise une critique honnête d'une proposition ou d'un travail.

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