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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 11:08

Souvenez-vous début août, la laïcité était une fois de plus en danger : M. André Gérin, ex-maire, venait de croiser sur un marché de Vénissieux des femmes en burqa (plus sûrement en niqâb). Celui que les laïcards avaient surnommé l’Iman rouge (car Maire il feignait de soutenir un projet de mosquée), un coco donc, recevait le soutien de l’UMP à commencer par Eric Raoult, adepte de la peine de mort. Avec ces appuis, il s’est retrouvé président d’une Mission parlementaire sur le voile intégral (dont Raoult est le rapporteur).


La bulle « politico médiatique » -comme dit celui qui fait président – a gonflé, plus que la grenouille de La Fontaine, en août ! Elle s’est dégonflée, sans bruit. Mais gageons que, quand un trou dans l’actualité émotive ou un fait-divers quelconque se présentera, la bulle se regonflera.



En attendant, au lieu de se coincer la bulle, les membres de ladite mission poursuivent leurs auditions. Ainsi, le 21 octobre, ils ont dû se fader un parpaillot, titulaire de la seule chaire qui traite de laïcité, l’horrible, que dis-je, l’abominable Jean Baubérot  (honni des laïques, les vrais, auto-estampillés). Ils n’ont pas été déçus de l’audition, les membres de la Mission.


« Le savoir disponible sur le voile intégral montre que celles qui le choisissent le relient à une contestation, une prise de distance maximale, un refus de la société.

Une société qui refuserait d’être critiquée ne serait plus démocratique. Pour autant le voile intégral n’est certainement pas la bonne manière de mener une mise en question. » Il faut avouer qu’il démarrait mal, car contrairement à des maires précédemment audités, dont certains avouaient que le voile intégral était inexistant sur leur commune, il introduisait sournoisement comme un brin de pensée dialectique dans le débat.


« Partons d’un constat : Le port du voile intégral provient de plusieurs raisons, conjointes ou non.

Il peut signifier, explicitement ou implicitement, que la société est ressentie comme une menace, dont il faut se protéger au maximum.

Il peut constituer une façon d’affirmer, avec une visibilité hypertrophiée, une identité radicale face à ce qui est perçu comme une uniformisation sociale, un primat de la logique de l’équivalence sur des valeurs morales et religieuses.

Il peut manifester une volonté de « retour aux origines », liée à une lecture littéraliste de textes sacrés, séparer le « pur », c'est-à-dire ceux qui seraient les vrais croyants, et « l’impur », l’ensemble de la société.

Il peut également être une manière extrême de retourner un stigmate face à des discriminations ressenties. » Comme disait, je crois, l’ado attardé qui fait président (et qui lui a dit sans ambages que le « voile intégral, ce n’est pas fait pour nos « climats »), le sociologue essaie d’expliquer l’inexplicable, sans doute pour justifier l’injustifiable !


« Le souci de la pureté se manifeste aujourd’hui de façons multiples, dans diverses croyances religieuses et non religieuses. Une certaine façon de mettre en avant la laïcité participe même de cette logique. » ajoute-t-il, aggravant son cas.

Mais ce n’est rien à côté de ce qui va suivre : « La première et la plus forte exigence de laïcité concerne la République elle-même, qui doit être indépendante des « religions et des convictions » philosophiques particulières, n’en officialiser aucune, assurer la liberté de conscience et l’égalité dans l’exercice du culte.

L’application de ces principes connaît toutefois, en France, certaines dérogations.

Ainsi, en Alsace-Moselle, malgré l’article 2 de la loi de 1905, il existe 3 « cultes reconnus » : catholicisme, judaïsme, protestantisme. 

Les lois de séparation elles-mêmes, votées de 1905 à 1908, prévoient une mise en pratique accommodante, puisque (entre autres) elles autorisent la mise à disposition gratuite et l’entretien d’édifices du culte existant alors.

Mais l’islam n’était pas présent dans l’hexagone. Et, sans intention discriminatrice, la République peine pourtant à réaliser l’égalité entre religions, au détriment de l’islam.

Malgré certains progrès,  elle est encore loin d’y parvenir. » N’est-il pas en train de mettre en doute le principe sacro-saint – car il faut savoir que pour nos super-laïques, qui ignorent tout d’Aristide Briand, les 2 premiers articles de la loi de 1905 sont sacrés – du non financement des cultes ?

 

« La laïcité est régulièrement invoquée face au voile intégral. Les exigences de laïcité sont, en fait, très différentes suivant les secteurs de la société. Dans son Avis de 1989, le Conseil d’Etat interdisait un port ostentatoire de signes religieux à l’école publique qui serait lié à des manifestations de prosélytisme, mais tolérait un port ne s’accompagnant pas de comportements perturbateurs. 

La loi de mars 2004 est allée plus loin, pour l’enseignement primaire et secondaire, mais – significativement - pas pour l’Université où les personnes sont majeures. Elle a donc introduit une dérogation, dont les effets se sont avérés ambivalents puisque cela a notamment induit un processus de création d’écoles privées à « caractère propre » musulman. »

« Cela montre en tout cas que les conséquences d’une loi ne sont jamais univoques et que certaines n’ont pas été, sur le moment, forcément totalement prévues. » Voilà donc, à nouveau, ce Baubérot maudit, seul membre de la commission Stasi à s’être abstenu sur l’idée de proposer une loi sur les signes religieux (entendez le foulard dit « islamique ») à l’école, qui en remet une couche. 

« Un troisième secteur de la société est l’espace public de la société civile, qui est à la fois un prolongement de la sphère privée et un lieu de débat, de pluralisme, de grande diversité d’expressions. Là, l’exigence principale de la laïcité consiste à assurer la liberté. Liberté et pluralisme dont nous avons une conception plus large qu’il y a 50 ans.

Est-ce à dire, pour autant qu’il n’y aurait aucune exigence de laïcité dans cet espace public de la société civile, et dans la sphère privée ? Je ne le pense pas.

Le Préambule de la Constitution donne les principes qui forment l’idéal de notre république, parmi lesquels l’égalité des sexes.

Chacun sait bien qu’il y a une distance entre réalité idéale et  réalité empirique.

L’objectif consiste à agir sans cesse pour réduire cette distance. Comment le faire ? Il est nécessaire d’opérer une distinction entre l’irréversible et le réversible. 

L’irréversible atteint l’individu dans sa chair, dans son être même.

Il induit une sorte de destin.

La puissance publique doit empêcher, autant que faire se peut, l’irréversible de se produire pour que les individus qui le subiraient ne se trouvent pas marqués à vie, pour qu’ils puissent avoir librement des choix personnels.

L’excision constitue un exemple-type d’irréversible.

La loi peut contraindre et réprimer. 

Pour le réversible, le respect de la liberté individuelle est une priorité, priorité limitée seulement par un trouble manifeste à l’ordre public démocratique ou par une atteinte fondamentale aux droits d’autrui.

Le réversible, concerne l’extérieur de la personne : ainsi, quelque couverte ou découverte qu’elle soit, il s’agit non pas d’elle-même mais d’une image qu’elle donne à voir à un moment précis.

Les vêtements, on les met et on les ôte, ils ne vous collent pas à la peau. »

« Depuis longtemps, la sagesse des nations a émis un constat d’une portée sociologique indéniable : « l’habit ne fait pas le moine ». » « Entre le permis et l’interdit, existe le toléré, où l’on combat par la conviction et l’exemplarité,  où l’on agit au cas par cas, pour veiller à ne pas être à terme contre productif.

Pour ce qui est réversible, réglementer, quand certaines nécessités de la vie publique l’exigent, est beaucoup plus approprié que légiférer.

Améliorer le dispositif social pour lutter contre des tenues subies est également important.

Mais une loi qui conduirait celles qui subissent le port du voile intégral à ne plus pouvoir se déplacer dans l’espace public induirait une situation pire que la situation actuelle.

Et, pour le voile intégral choisi, contraindre irait le plus souvent à l’encontre de convaincre, or il s’agit essentiellement de convaincre. »


Restons en à ce beau verbe « convaincre », user de la raison et non de l’émotion, de l’argumentation et non de l’anathème, de la conviction et non de la contrainte !

 

Source : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2009/10/21/mon-audition-a-la-commission-voile-integral.html

 

 

La vidéo de l’audition : http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/voile-integral/voile-integral-20091021-1.asp

Les commentaires de Jean Baubérot : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2009/10/28/une-mission-parlementaire-boumerang.html

 

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Publié par JFL J.-F. Launay - dans Mises au clair
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