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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 16:50

Libération de ce jour (05/03/09) revient sur la polémique engagée par un de ses rédacteurs avec Besancenot et Hamon, sur le partage salaires/dividendes.

En oubliant bizarrement un entretien du Nel Obs avec Michel Rocard, en décembre 2007, où il disait : « En gros, les salaires sont passés de 71% du PIB en 1981 à 60% en 2005. Près de 11 points de chute ! Aujourd'hui, en France, si le produit intérieur brut avait conservé le même partage qu'en 1981, les ménages auraient dépensé en salaires et revenus de Sécurité sociale 130 milliards d'euros de plus. Affectés à la consommation, ces 130 milliards auraient donné au moins 1 point de plus de croissance chaque année. Et nous aurions eu en France un demi-million de chômeurs de moins. » Certes, il compare un moment M à un moment M'. Mais il considère, courbe de tendance à l'appui que le mouvement de 1960 à 1981 était à la hausse de la part des salaires.

« Arrêt sur images » dans un dossier, reprend les propos de Biseau qui considère que dans les vingt dernières années la part des salaires est restée stable. Et que la situation des dix années précédentes étaient une anomalie, liée à l'inflation (et aussi, peut-être, à un rapport de force moins défavorable aux salariés ?). Le journaliste en conclut que "le partage salaire-profit est non seulement stable depuis vingt ans, mais presque inchangé par rapport à la période des années 60." Si l'on exclut, bien sûr, les dix ans d'anomalies !

Une confrère du Monde diplomatique a beau jeu de rétorquer ironiquement que si, de fait, on exclut les années de hausse, la moyenne sera plus basse ! « Les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) témoignent d'une autre réalité. La part des salaires augmente lentement de 1960 à 1970, passant de 66,3% à 69,7% de la valeur ajoutée brute; puis elle grimpe plus rapidement (notamment après les hausses de 1968) pour atteindre 74,1% de la valeur ajoutée en 1982. Après le tournant de la rigueur de 1983, elle chutera à 63,5% en 1998, avant de remonter très légèrement depuis. En 2007, elle était de 65,1%. ».

Sophie Gindensperger, la rédactrice du dossier d'ASI, ajoute pertinemment : « Il ne faut pas oublier que des éléments externes jouent sur cette répartition, comme la généralisation du travail à temps partiel, mais aussi les inégalités salariales qui font que les très haut salaires captent un morceau de plus en plus important de l'ensemble. Selon une étude de l'économiste Camille Landais, qui se base sur les travaux de Thomas Piketty (à lire sur le site de l'observatoire des inégalités), entre 1998 et 2005, les 0.01% des foyers les plus riches ont vu leur revenu réel croître de 42.6% sur la période, contre 4.6% pour les 90% des foyers les moins riches. Des données qui montrent que la stabilité de la part salariale au sein de la valeur ajoutée ne signifie pas forcément une stabilité des salaires eux-mêmes. »

Mais revenons à M. Rocard qui lui voit un basculement « dans les années 1990 avec l'apparition des fonds et d'abord des fonds de pension. L'actionnaire s'est organisé et, s'agissant de sa retraite, a exigé un retour sur investissement de plus en plus élevé. Corollaire : une pression de plus en plus forte sur les salaires qui ont cessé de progresser au rythme d'antan avant de décroître en valeur absolue. Les fonds d'investissement - moins du quart des fonds de pension mais plus agressifs - ont intensifié la tendance. Et les fonds d'arbitrage ou hedge funds jouent le même jeu. Pour garantir aux actionnaires une rémunération élevée, tous n'hésitent pas à démanteler leur proie et à vendre par appartements.

Au grand dam des salariés réduits à la dimension de variable d'ajustement. Le nouveau système - tout pour les actionnaires, le moins possible pour les salariés - est devenu presque caricatural avec les hedge funds, ces fonds spéculatifs. L'ensemble de ces fonds sont présents désormais dans toutes les entreprises du monde occidental de plus de 2 000 salariés. Leur pression s'est d'abord exercée sur les PDG qui ne distribuaient pas assez de dividendes : ils ont très vite valsé.

Elle s'est traduite ensuite par l'externalisation des toutes les fonctions - entretien, maintenance, services sociaux internes -, dont les salariés étaient indexés sur les personnels qualifiés qui faisaient le renom de l'entreprise. Tous ces gens-là ont été chassés et recasés dans des PME désyndicalisées, soumises à des contraintes salariales énormes parce que les fabricants, les donneurs d'ordre, peuvent changer de sous-traitants sans préavis. C'est comme ça que s'est instituée la précarisation du marché du travail (16% des salariés français aujourd'hui) ».


Le modeste citoyen qui n'a même pas fait la section ES, si méprisée par celui qui fait président, tentera de tirer quelques fragiles conclusions.

1°) il y a bien eu un point haut où le partage travail/capital était significativement plus avantageux pour le travail

2°) les dividendes distribués, sous la pression de fonds spéculatifs ont explosé

3°) cette augmentation s'est faite aux dépens des salaires mais surtout des investissements

4°) au sein du salariat, les écarts s'accroissent et la précarisation s'accroît.

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Publié par JFL J.-F. Launay - dans Mises au clair
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