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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 16:36

Pour ne pas m’attirer, illico presto, les foudres des gardiens farouches du dogme qui, après la papesse Fourest et le pape Pena-Ruiz, bannissent une laïcité adjectivée, précisons que cette double transgression nous vient de nos cousins québécois. Empruntée à Paul Laurenceau – alias Ysengrimus – un marxiste pur rouge – converti par Mao, admirateur de Lénine et essayant de réhabiliter Staline – par ailleurs poète, linguiste, etc. J’ai déjà cité ce qu’il met derrière cette laïcité doublement adjectivée. Mais une remise en perspective n’est pas inutile.

Petit détour par le blog d’un collègue où il fait une rapide recension de « Racée » de Rachel Khan, en pourfendant au passage les « accommodements raisonnables » (on retrouve donc nos Québécois). Ce livre, explique-t-il, est fondé sur l'explication de mots regroupés en trois parties :

  • Les mots qui séparent : souchien, racisé, afro-descendant, intersectionnalité, minorité, quota, cause ;
  • Les mots fourre-tout qui ne vont nulle part : vivre-ensemble, diversité, mixité et non-mixité, collectif ;
  • Les mots qui réparent : intimité, silence, invisible, création, désir, créolisation, signature.
« Laïcité ouverte, laïcité définie »

Son livre a eu un écho favorable du côté de la droite, y compris extrême, mais aussi du Grand Orient. Sa curieuse taxinomie a été mise à mal par celle qu’elle qualifie de « rentière » de l’antiracisme*, Rokhaya Diallo, qui lui a rappelé que « racisé » n’est pas une revendication. « C’est un terme qui vient d’une sociologue qui s’appelle Colette Guillaumin qui l’a formulée dans un ouvrage de 1972. Quand on parle de personnes racisées, il ne s’agit pas d’un état ou d’un statut mais d’un processus. […] C’est la société qui racise, on n’est pas racisé de naissance. Naître noir en Gambie, ce n’est pas naître noir à Paris, aux États-Unis, au Japon… […] Ce n’est pas lié à la naissance, c’est lié à l’expérience sociale. Je peux citer Pap Ndiaye, l’historien, qui lui parle d’identité subie. On ne choisit pas. On n’a pas le luxe d’échapper aux discriminations qui sont liées à notre condition. Si on est, par exemple, un jeune homme noir […] et la vingtaine, il est prouvé statistiquement qu’on a vingt fois plus de risque d’être contrôlé par la police que quand on ne l’est pas. Même si on écrit un livre et qu’on se proclame "racée", lorsqu’on sort de chez soi, les policiers vont se concentrer sur soi vingt fois plus.»

Mon collègue d’évoquer en conclusion cette universalité, « tout le contraire du communautarisme que certains tentent de nous imposer ».

« Laïcité ouverte, laïcité définie »

Et c’est là qu’on retrouve mon marxiste québécois. « Peut-on donner tort aux Québécois d’avoir continué de faire cuire leur couscous et de porter leurs voiles, si vous me passez l’analogie ? Peut-on les accuser de replis identitaire pour avoir perpétué ainsi leur existence nationale, produisant une des cultures francophones les plus originale au monde hors de France, et imposant de facto à toute l’entité canadienne la notion profonde et définitoire de multiculturalisme, dont celle-ci, sans le dire trop fort, se serait bien passé autrement? Conseil d’ami: n’allez pas dire aux Québécois qu’ils auraient aussi bien pu s’assimiler, cela les crisperait fort. La notion d’assimilation est hautement péjorative pour eux. »  

Capitulation de Montréal 1759

Capitulation de Montréal 1759

Il rappelle qu’après la conquête anglaise de 1760, « Spontanément communautaristes, du communautarisme du charbonnier en quelque sorte, les canadiens français du temps vaquaient à leurs affaires, leur religion de chapelle, leur cadastre rural, le mariage de leurs fils et de leur filles, leurs corvées villageoises, leur pot-au-feu, selon leurs lois, us, pratiques et coutumes traditionnels. Le conquérant, un peu ébahi par la cohérence bourrue de cette autonomie vernaculaire, a vite vu qu’il ne pouvait pas réformer et angliciser tout ça. Il a donc justement fait la part du feu. Les crimes, impliquant notamment mort d’homme, les arnaques majeures, les insurrections, seraient traités selon les lois de l’occupant. Pour le bazar de litiges, de cadastre, de récoltes, de constructions de chapelles et de mariages, arrangez-vous entre vous avec vos lois françaises. Le Québec a, encore aujourd’hui, un code civil français et un code criminel de common law britannique. »

« Laïcité ouverte, laïcité définie »

Il ne tient bien sûr pas, après s’être débarrassé des curés (qui régnèrent au Québec, selon le modus vivendi d’une intendance théocratique coloniale, de 1840 à 1960), à laisser les mollah les remplacer. « Ce qu’on veut, ce qu’on souhaite donc, c’est que notre déréliction sociétale, bien engagée depuis un demi-siècle, poursuive son cours tranquillement, sans se faire perturber par les effets indésirés d’une conjoncture migratoire. Il est important de comprendre ce point. Ceci n’est pas une croisade. La notion promue (hypocritement ou sincèrement) c’est la notion de laïcité, pas celle de christianité. Alors, on veut que tout le monde, immigrants inclus, découvre les vertus d’une civilisation permissive, non-coercitive, égalitaire, civique, et articulée en rationalité. Ce genre de programme civilisationnel (osons le mot), militant (pourquoi pas) doit se donner une méthode. Il faut, en un mot, que, graduellement, et par delà les réflexes autoprotecteurs typiques des diasporas déracinées, nos compatriotes [immigrés] aient envie d’embrasser nos valeurs pluralistes et laïques, sereinement et sans crispation. Pensez-vous vraiment, en saine intendance, qu’une intervention autoritaire grossière et frontale  (…) va réaliser cet objectif ? C’est de la bien mauvaise sociologie que de s’imaginer ça. On va tout simplement fabriquer des martyrs (…). On voulait la déréliction sereine et graduelle, on va se retrouver avec la polarisation abrupte et crispée. »

« Laïcité ouverte, laïcité définie »

Et il résume cette démarche en distinguant le secondaire de l’essentiel :

Laïcité ouverte pour toutes particularités ethnoculturelles sans conséquences juridiques effectives: vêtements, façades de temples, arbres de Noël, Menora, citrouilles d’Halloween, Ramadan, croix dans le cou, grigris, papillotes, fétiches, totems et statues, moulins à prières, turbans, voiles, hidjab, tchador, niqab, sari, brimborions et colifichets, minarets et clochers (avec cloches et crieurs inclus, sauf la nuit), yoga, occultisme, horoscope, pèlerinages, baptême collectif en piscine olympique, les chrysanthèmes du culte, en un mot.

Laïcité définie et fermement imposée as the law of the land dans le strict espace de portée juridique citoyenne : droits des femmes, droits des enfants, instruction publique, soins hospitaliers, banques, héritage, justice, vie politique et/ou politicienne, sécularisation intégrale de tous les corps administratifs, interdiction de la théocratie, prohibition du port d’armes (y compris les armes blanches…), crime organisé, code civil, code criminel, taxation, charte des droits, les choses sérieuses du tout de la vie civile, en un mot.

* Rachel Khan oublie que, naguère (2018), elle jouait dans une pièce (en totale « non mixité » : que des femmes noires) où les actrices, dont elle, faisaient monter Assa Traoré sur la scène à la fin de la pièce pour la faire applaudir.

 

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